Dans la tête de – Emmanuel Macron – Alexandre Benalla – Un gilet jaune – Un complotiste – Florian Philippot

FILE PHOTO: French President Emmanuel Macron and his then senior security officer Alexandre Benalla arrive at an elementary school to attend a one-hour interview with French news channel TF1, in Berd’huis, France, April 12, 2018. Picture taken April 12, 2018. REUTERS/Gonzalo Fuentes/File Photo

Attention : toutes les séquences ont été imaginées à partir de faits réels tronquées. Aucun des faits mentionnés ne peut être caution à la réalité.
À moins que… Non, non. C’est trop gros.

Rond-point à l’est de Paris.

Gilet jaune 1 : Bordel, j’ai taché mon gilet.
Gilet-jaune 2 (gueulant) : Faut pas tacher !
Gilet jaune 1 : Putain ! Arrête de gueuler ! C’est la merguez. Elle a coulé le long du cornet.
Gilet jaune 3 : Ce n’est pas grave les gars. On va pas s’entre-déchirer. J’en ai un autre de gilet dans la bagnole.
Gilet jaune 1 (énervé) : Oui, mais ce n’est pas le vrai gilet.
Gilet jaune 2 (regard mécontent vers le Gilet jaune 1) : J’en ai plein les mains !
Gilet jaune 1 : Ce n’est pas le gilet du début de la lutte !
Gilet jaune 3 (philosophe) : Ce qui compte, ce n’est pas le gilet du début de la lutte. C’est l’esprit de la lutte.
Gilet jaune 1 : En tout cas, je te remercie de me prêter ton gilet. Je me serais senti nu sans.
Gilet jaune 2 : Je te préviens : à partir du moment où tu l’enlèves, tu es considéré comme un dissident.
Gilet jaune 3 : Faut pas exagérer.


Gilet jaune 3 aide le gilet jaune 1 à retirer sa chasuble. Gilet-jaune 1 se dirige vers la voiture de son ami en enjambant un parpaing posé sur le rebord du rond-point pour empêcher les forces de l’ordre de les déloger.


Gilet jaune 3 (hurlant) : Attention !


Crissement de pneus. Bruit de tôle froissée. Cris et pleures. Le Gilet jaune 1 s’est fait écraser par un camion.


Gilet jaune 3 : Merde ! C’est con ça!
Gilet jaune 2 : Je lui avais bien dit de ne pas retirer son gilet. Il fait super noir sur ce rond-point. (Il se mouche dans sa manche). On dira à la presse que c’est une victime de Macron. (Il se met à gueuler). Macron ! C’est de la faute à Macron ! Si il avait cédé, Gilet jaune 2 (se retournant vers Gilet-jaune 3), c’était quoi son prénom déjà ?
Gilet jaune 3 : J’en sais rien.
Gilet jaune 2 (ne se démonte pas) : Christian ne sera pas mort  en vain ! C’est de la faute à Macron!
Tous les gilets jaunes hurlent à l’unisson : « C’est de la faute à Macron ! ».
Gilet jaune 2 se retourne vers ses congénères.
Gilet jaune 2 : Il nous faut un cri de ralliement.
Gilet jaune 3 lui glisse un mot à l’oreille.
Gilet-jaune 2 : Parfait. Tous avec moi ! Marchons sur l’Élysée. On en gros !
Tous les gilets-jaunes : On en a gros !

Seul dans son bureau, une lueur bleuté inonde le visage d’Emmanuel Macron. Sur son téléphone, BFMTV. Un journaliste vient d’annoncer la mort d’un gilet jaune devenu « victime collatérale » de la surdité présidentielle. On toque à la porte.

Macron : Entre Nicolas.
Sarkozy entre en marchant lentement. Il ne pensait pas qu’il reverrait un jour SON bureau de son vivant. Il n’aime pas la décoration. En matière d’architecture d’intérieur, Carla possède indéniablement davantage de talents que Brigitte. Nicolas jette un coup d’œil à Emmanuel. Il saisit toute la pesanteur de sa solitude.
Sarkozy : Que puis-je pour toi Emmanuel.
Macron (cachant son téléphone) : Ces satanés gilets jaunes. Ils ne comprennent rien à ma politique. Je fais tout pour leur donner du pouvoir d’achat et ils regardent les avancées à la marge. Ils ne voient pas la disparition de la taxe foncière. Ils ne s’intéressent qu’à la CSG, l’essence, l’ISF… Peut-être que je devrais faire un revenu universel ou bien taxer les dividendes. Je ne sais pas…

En matière fiscale, Macron est allé bien plus loin que Sarkozy n’aurait jamais osé le faire. Bien sûr, en politique étrangère, il pourrait lui en apprendre de bien belles. Mais là n’est pas l’enjeu. La France bouillonne. L’insurrection est palpable dans les rues. Sarkozy lui voue une forme d’admiration.

Sarkozy : Le peuple français est (il cherche ses mots), un tigre. Un tigre sournois, sanguinaire et meurtrier. C’est un peuple d’une vanité extrême. Il veut du bruit, de la gloire de spectacle, de l’égalité et de la fraternité à profusion. Il veut de la vantardise et des balivernes à foison. Il est persuadé d’être l’épicentre du monde et que chacun de ses gestes est observé par la planète entière. Tes gilets-jaunes sont des guerriers convaincus de lutter pour une gloire presque divine. Tout Jupiter que tu es, tu ne peux pas dissoudre cette volonté. Mais dis-toi bien une chose. Si les Français sont aujourd’hui des tigres, ils étaient autrefois des lapins.
Macron : Des lapins ?
Sarkozy (il lève une épaule et fait une mimique avec sa bouche) : Oui des lapins.
Macron : Pourquoi ?
Sarkozy : Pendant des siècles et des siècles, ils ont été sous le joug de seigneurs qui se partageaient les terres, les dimes et violaient allègrement les femmes du petit peuple au gré de leurs désirs. Si Louis XVI n’avait pas été un aussi mauvais homme politique, la monarchie règnerait et le peuple continuerait à se ruiner la santé pour le bon vouloir de leur suzerain. Mais voilà : avec son histoire de brioche, Louis XVI et sa femme ont rendu le lapin sanguinaire. Et toute cette soumission, profondément encrée dans leur être, depuis des siècles et des siècles, s’est muée en une volonté farouche d’égalitarisme. Tes gilets jaunes ne veulent pas redevenir des lapins. Ce sont des tigres affamés et ils veulent se sustenter de la tête du roi. Tu es Louis XVI.
Macron : Ils veulent ma tête… Et comment je les en empêche ?
Sarkozy : En leur donnant des brioches.
Macron : Comment ça ?
Sarkozy (il pose ses mains sur la table) : Pense à Jésus. Pense à Oudini. Fais comme avec l’ISF. Donne-leur quelque chose de la main droite et reprend leur de la gauche.
Macron s’illumine : C’est une excellente idée !

Londres. Alexandre Benalla (proche d’Emmanuel Macron) retrouve Alexandre Djouhri (connu pour l’affaire du présumé financement libyen de Nicolas Sarkozy- l’homme de toutes les affaires politiques notamment à droite).

Benalla : Comment ça va ton coma.
Djouhri (souriant) : J’y retourne toutes les 14 heures. Généralement, je suis allongé dans mon lit et j’éteins la lumière. Je compte 8 heures, puis je prends un petit-déjeuner.
Les deux hommes rient de bon cœur.
Benalla : Emmanuel m’a demandé de venir te voir.
Djouhri : Je sais.
Benalla : Il faut que j’aille à N’Djaména au Tchad voir Oumar Déby, le frère du président. Il pilote la Direction générale de la réserve stratégique (DGRS) tchadienne.
Djouhri (suspicieux) : Tu lui veux quoi à Oumar ?
Benalla (secret) : Je ne peux pas te le dire.
Djouhri : Alors, je ne peux rien pour toi.
Benalla : J’y vais sur ordre de l’Élysée.
Djouhri (suspicieux) : Macron te fait encore confiance ?
Benalla : Bien sûr !
Djouhri: Et j’y gagne quoi ?
Benalla : Tu as des soucis avec la justice française. On peut t’aider. Et Nicolas aussi on peut l’aider.
Djouhri : Comment allez-vous faire ?
Benalla : Quand on est au pouvoir, on peut tout faire. Surtout ralentir les procédures.
Djouhri réfléchit en tripotant sa fausse perfusion.
Djouhri: D’accord. De quoi as-tu besoin ?
Benalla : Un avion pour une douzaine de personnes, et toute la bienveillance du pouvoir tchadien.
Djouhri : Tu as un passeport ?
Benalla : T’inquiètes.

Journal télévisé. Le présentateur interroge un sociologue sur la « composition » sociale des gilets-jaunes. Ils prennent en exemple un rond-point du nord de la France.

Présentateur: On ne comprend pas grand chose sa leurs revendications. Il n’y a pas de porte-paroles, les revendications sont diffuses. Voyez par exemple près de Nieppe, chacun a sa propre opinion sur la résolution du conflit.

Sociologue: Dans certaines régions du monde, ou bien dans le nord du pays, la consanguinité provient de la promiscuité des habitants. Du côté de Nieppe, situé dans le Nord, il n’est pas rare que les petits-enfants d’une famille se marient entre eux. Ensuite, on voit des mariages d’arrière-petit-fils et de leurs enfants. Aujourd’hui, par suite, tous son consanguins. Il y a des combinaisons compliquées.

Présentateur : Vous preniez l’exemple de Maxens, un gilet-jaune connu pour son aptitude à contourner les faits de la réalité. Vous nous avez dit qu’il était le cousin d’une certaine Véronique. Et l’instant d’après, vous parliez de lui en l’appelant « son oncle ».

Sociologue: Parfaitement il est son oncle et aussi son cousin. Il est également son beau-frère, son neveu, son cousin au quatrième degré, au trente-troisième, au quarante-deuxième, son grand-oncle, son grand-père, le veuf de son beau-frère et la semaine prochaine, il sera son mari.

Présentateur: Pour vous, ces gilets-jaunes souffriraient donc de crétinisme.

Philosophe: En grande partie, mais pas seulement! Méfions-nous des amalgames. Je pense que nous vivons une tyrannie des susceptibilités. Les Français ne supportent pas la réussite lorsqu’elle n’accouche pas dans la douleur. Chirac, Mitterrand, de Gaulle, Sarkozy, Hollande… Ceux là, ont vécu de grandes défaites avant d’arriver au pouvoir. Giscard d’Estaing et Macron ont eu un boulevard de réussites, et ils en ont joué.

Présentateur: Si je résume votre idée, les gilets-jaunes seraient composés principalement de crétins congénitaux dont la susceptibilité les aurait poussé à envahir les ronds-points du pays.

Philosophe : Ils sont tout et rien à la fois. Et ce tout et ce rien convergent vers un point où se croisent et renaissent tous les destins.

Présentateur (faisant mine de comprendre): Et le pouvoir d’achat là dedans?

Philosophe: Ça va merci. J’ai ce qu’il faut.

Florent Philippot regarde les informations avec Maxens. Un attentat vient d’avoir lieu à Strasbourg.

Florent : formidable ! Je te parie que c’est un bougnoule !
Maxens dubitatif : Chérif qu’il s’appelle. C’est peut-être un nègre.
Florent incrédule : Je parie sur le bougnoule (il reprend du pop-corn). C’est toujours un bougnoule.
Maxens fronce les sourcils. Ce n’est pas qu’il ait vraiment envie de les froncer, mais il trouve que cela lui donne un air plus profond, plus intelligent.
Maxens : N’empêche qu’un attentat en pleine période insurrectionnelle, je trouve que ça fait un peu télécommandé.
Florent : Ah oui ? Je n’y avais pas pensé.
Maxens haussant le ton : Tu sais bien qu’ils veulent stopper le mouvement coûte que coûte ! Faire peur aux Français avec la menace terroriste ! C’est cousu de fils blancs.
Florent réfléchit : c’est un peu fort tout de même…. Mais ça se tient.
Maxens furieux : ils frappent fort ces enculés de la DGSI ! Je suis sûr qu’ils ont monté le coup avec la DGSE et les gendarmes. Je déteste ces enculés de gendarmes.
Florent soupire : je sais, je sais. On en a déjà parlé. Il faut que tu arrêtes de regarder le gendarme de Saint-Tropez. Ça te pourrit l’esprit.
Maxens lance un regard noir à Florent : En une semaine, ils ont passé ce film sur TMC, RTL et TF1. Tu penses que c’est normal ça ?
Florent (hésitant) : Tu sais, les programmateurs télé ne rivalisent pas d’ingéniosité.
Maxens : Que tu es naïf… Tu vois bien que c’est pour conditionner les Français. En pleine période insurrectionnelle, ils essaient de rendre les forces de l’ordre sympathique !
Maxens jette sa bière sur la télévision.
Florent : Ma télé !
Maxens : Ta télé, c’est une boite à merde. Tu ne devrais pas la regarder. Ta place, c’est avec nous, sur les ronds-points.
Florent se dandine sur son canapé. Il est mal à l’aise.
Florent : Oui, tu sais, moi les ronds-points…
Maxens : Ce qu’il te faut, c’est un bon rond-point. Avec des cageots en feu et des chansons populaires. C’est la nouvelle assemblée du peuple. On refait le monde !
Florent : tu es sur ?
Maxens : Évidemment ! Tiens, hier, on s’est dit qu’on devrait rétablir la peine de mort. On a même trouvé des migrants dans un camion-citerne. On les a livrés aux flics.
Florent : Dingue !
Maxens : Facebook, Twitter, c’est génial. Grâce aux algorithmes, on peut réunir les gens et propager nos idées facilement. L’avenir de la communication ce ne sont pas les journaux, ce sont les réseaux. fournir les réseaux, c’est remplir les ronds-points.
Florent enthousiaste : Mais c’est génial !
Maxens : On est la France de demain. Viens avec nous !

Rond-point à l’est de Paris.
Gilet jaune 3 regarde l’endroit où gilet jaune 1 est décédé. En sourdine, on entend les gilets jaunes crier « on en a gros, on en a gros »

Gilet jaune 3 : Il me manque. C’est trop con comme accident.
Gilet jaune 2 : C’était un con à la solde du pouvoir. Il avait voté Macron au premier tour de la présidentielle et il s’est pris un camion. Dieu l’a puni. C’est bien fait pour sa gueule.
Gilet jaune 3 : Tu es dur.
Gilet jaune 2 : Il faut être dur sinon on se relâche. J’ai une femme et 3 enfants. Ma mère est invalide. Je l’héberge. Je gagne 1100 euros. Tu peux m’expliquer comment je fais pour m’en sortir moi. Je dois être dur.
Gilet jaune 3 gêné : Oui, oui…
Gilet jaune 2 : Je me lève tous les jours à 5 heures du matin. Je bosse dans la scierie « du bois, encore du bois », à Chalon-sur-Pouic. J’ai les bronches foutues. Je tousse comme un dératé. Je n’ai pas 45 ans et j’ai peur du cancer. Tout ça pour que des richards s’engraissent sur mon dos.
Gilet jaune 3 : Oui, oui…
Gilet jaune 2 : Et toi, tu fais quoi ?
Gilet jaune 3 : Moi, heu, rien, rien.
Gilet jaune 2 prend son collègue par le bras.
Gilet jaune 2 : Frère, on est frère de lutte. Ce rond-point, c’est notre champ de bataille. On mourra ici s’il le faut. Tu peux tout me dire.
Gilet jaune 3 : Bah, c’est-à-dire que…
Gilet jaune 2 : N’ai pas honte.
Gilet jaune 3 respire un grand coup.
Gilet jaune 3 : Je suis dentiste.
Gilet jaune 2 choqué : Dentiste ?
Gilet-jaune 3 : Oui, j’en peux plus des impôts. L’État m’étouffe ! J’en peux plus.
Il sanglote.
Gilet jaune 2 : Mais… Tu as du mal à finir le mois ?
Gilet jaune 3 : Ça dépend. Ma femme dépense beaucoup. Le mois dernier, elle s’est acheté une Audi A3 et puis là maintenant, elle veut qu’on refasse le rafiot.
Gilet jaune 2 : Le rafiot ?
Gilet jaune 3 : Oui, notre catamaran. Mais je dois finir de payer la traite de ma BMW, la maison à Biarritz et l’école privée des gamins. Je ne peux pas tout faire ! (des larmes coulent sur ses joues) elle pourrait attendre le mois prochain ! Mais non, elle veut le catamaran tout de suite ! Si les impôts étaient moins élevés, on pourrait prendre nos bagnoles, les mettre sur le bateau et tout irait bien.
Gilet jaune 2 est livide. Son poing est fermé. Il souffre d’une rage de dents depuis des mois. Les dentistes refusent de le soigner à cause de sa mauvaise mutuelle. Il a une gingivite. Il pue de la gueule. Il a la haine.
Une femme, que nous appellerons Gilet jaune 4, se met à gueuler.
Gilet jaune 4 : Une grenade ! Une grenade !

Des gendarmes entourent le rond-point. Les démineurs sont au travail. Les gilets jaunes se sont rassemblés près de la sortie numéro 5.

Gendarme 1 : Ce n’est pas une grenade, c’est une pomme de pin.
Gendarme 2 : Putains, ils font chier ces cons. On les gaze.

Le présentateur reçoit un philosophe célèbre pour son franc-parler.

Présentateur: selon vous, d’où vient cette révolte populaire?

Philosophe: ces gens, que vous nommez les gilets-jaunes, sont nés d’un malentendu.

Présentateur: Vous voulez dire qu’il y a une incompréhension entre le pouvoir et ces Français?

Philosophe : Non, non! Je veux dire que leurs parents auraient dû avorter à la naissance.

En régie: coupez! Balancez une page de pub!

Alexandre Benalla revient du Tchad. À la sortie de l’aéroport (Le Bourget), il se fait alpaguer par Edwy Plenel, un journaliste connu pour sa ténacité.

Plenel : Monsieur Benalla, je suis content de vous voir.
Benalla surprit : oui, non, ce n’est pas moi. Benalla, c’est un autre. Bonne journée.
Il tente de s’échapper. Mais Plenel le suit.
Plenel : Allons, allons monsieur Benalla, ne faites pas l’enfant. Dites-moi, comment s’était au Tchad ?
Benalla transpire abondamment : je n’en sais rien. Je ne faisais que récupérer des bagages.
Plenel : Allons, allons monsieur Benalla, ne faites pas l’enfant. Vous n’êtes plus porteur de valise depuis longtemps. Vous avez gravi les échelons ! À moins que ce ne soit « d’autres valises ».
Benalla : Je venais chercher un ami. Mais il n’est pas là.
Plenel : Et cet ami, comment s’appelle-t-il ?
Benalla cherche rapidement un nom, mais Plenel à l’œil qui frise, et quand on œil frise, il détecte la vérité.
Benalla : Christian… Christian… Dior.
Plenel surprit.
Plenel : Vous vous êtes lancés dans la mode ?
Benalla : C’est un excellent ami.
Plenel sourit : Un ami mort depuis plus de 60 ans. Ne vous enlisez pas dans le mensonge, monsieur Benalla. Vous ne seriez pas plutôt venu chercher un certain Djouhri ?
Benalla sursaute : pas du tout !
Plenel : Mon petit doigt me dit que vous revenez du Tchad, monsieur Benalla. Un voyage commandité par l’Élysée. Et que pour mener votre mission à bien, vous auriez fait escale à Londres pour voir ce fameux Djouhri. Est que ce mon petit doigt me ment monsieur Benalla ?
Benalla transpire à grosses goute : Oui !
Plenel (faussement modeste) : Bien, bien, bien… C’est peut-être le cas. Et si c’est le cas, je vous présente mes sincères excuses. Néanmoins, il y aurait un moyen assez simple d’oublier ce que me dit mon petit doigt.
Benalla : Quel est-il ?
Plenel : Pourrais-je voir votre passeport ?
Benalla reprend sa marche au pas de course : impossible ! Je n’en ai pas.
Plenel suit le rythme : allons, allons monsieur Benalla, ne faites pas l’enfant. Montrez-moi donc ce passeport ! Mon petit doigt me dit que c’est un passeport diplomatique et qu’il se pourrait, selon mon petit doigt, qu’il y soit tamponné England et Tchad dessus.
Benalla court entre les voitures ralenties dans les bouchons sur la A1. Il renverse un motard, saute sur la moto et fonce sur l’interfile entre les voitures. Plenel le suit sur un cheval au galop.
Benalla : Je n’ai rien à me rapprocher, laissez-moi !
 Plenel : Mon petit doigt m’a dit que vous étiez parti en mission commandée sur ordre du président lui-même pour préparer sa venue au Tchad, monsieur Benalla. Est-ce que mon petit doigt se trompe ?
Benalla freine sèchement sur un pont. Un train passe dessous. Il enjambe la rambarde et saute sur le toit du train. Plenel tient fermement les pattes de trois aigles royaux qui survolent le train.
 Plenel: Montrez-moi donc votre passeport, monsieur Benalla. Mon petit doigt me dit que vous avez quelque chose à vous rapprocher.
Benalla : Jamais ! Jamais !
Le train passe sous un tunnel.

Rond-point à l’est de Paris.
Florent Philippot visite le rond-point avec Maxens. Tous les deux portent un gilet jaune.

Florent : C’est joli ici !
Maxens : On a tout aménagé. Les cartons là, c’est pour la cuisine. On a mis des chaises de jardin et des tables de camping pour manger. On a des caisses militaires pour stocker le strict nécessaire.
Florent : Puis la vue est magnifique !
Maxens regarde l’énorme bouchon formé par l’arrêt de camion-citerne.
Maxens : Si on veut. Au début, on ne bloquait que des voitures de petites cylindrées, mais le gouvernement a décidé de mettre des camions-citernes polluant sur la route pour nous empoisonner les poumons. Ils veulent nous tuer à petit feu.
Tout d’un coup, gilet jaune 2 se met à gueuler.
Gilet jaune 2 : Quenelle, quenelle ! quenelle !
La moitié des militants du rond-point se mettent en chantonner des chansons de Dieudonné. L’autre moitié est outrée. Florent a la larme à l’œil.
Florent : Merci, cet accueil me touche beaucoup.
Gilet-jaune 2 : De rien, ce n’est pas tous les jours qu’on voit le bras droit de Marine Le Pen débarquer dans le coin.
Florent : C’est à dire qu’on s’est un peu fâché à cause de son père. (gêné). Mais ce sont des histoires de famille. Vous savez comment c’est ! On se déteste le lundi et on mange ensemble le dimanche !
Maxens : J’aime mieux le père.
Gilet jaune 2 : En tout cas, si vous voulez une saucisse, on en a. Ici, on bouffe du porc!
Florent : Oui, ça serait avec plaisir.
Florent attrape la saucisse. Le ketchup dégouline sur sa chasuble.
Florent : Oh merde ! J’ai taché mon gilet.
Gilet jaune 3 : J’en ai un autre dans ma voiture, je peux vous le donner si vous le souhaitez.
Gilet jaune 2 : Surement pas ! Monsieur Philippot, si vous changez de gilet, c’est comme si vous acceptiez de tirer un trait définitif sur l’essence même de ce mouvement !
Gilet jaune 3 (lève les yeux au ciel) : Faut pas exagérer !
Gilet jaune 2 menaçant : Je vous aurai prévenu. Plus de Quenelle ! Et puis ne vous formalisez pas pour une tache sur votre gilet. On en a tous ici. Le mien ne reflète plus rien. J’ai vomi dessus sans faire exprès.
Florent hésite : je le garde. Votre philosophie me plait bien.
Maxens tout bas à Florent : On évite d’en acheter parce que le principal fournisseur de gilets jaunes est juif.
Florent tout bas à Maxens : J’adore ce rond-point. Je me sens des vôtres. Il vous faut un porte-voix pour les élections européennes. J’ai une idée. Et si je déposais la marque « gilets jaunes » à l’INPI ?
Maxens : bonne idée.

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