Réflexion sur les Institutions, Dieu et l’amour

L’homme amoureux est sans doute l’imbécile le plus intéressant que l’on puisse rencontrer, et le plus extravagant. Il est rarement capable, habité de ce sentiment, de donner une interprétation claire et précise d’un fait qui ne soit déformé par l’erreur. Il n’y peut rien, car c’est la règle fondamentale de chaos qu’il nomme: le coup de foudre.

L’idée de me pencher sur la question m’est venue en discutant avec un ami dont l’affliction me touche quotidiennement. Doit-on se moucher dans sa chaise et détourner le regard ou bien aider son contemporain au travers d’une pensée naturellement d’une grande logique ? Posons la base.

Nota bene : Je reviens régulièrement sur ce texte. J’y ajoute des pistes de réflexion. L’amour est un sujet trop compliqué pour le figer dans un espace temps limité. C’est un thème passionnant dans lequel j’évolue laborieusement. Au départ, je voulais en démontrer l’absurdité. Puis, j’ai commencer à y réfléchir plus profondément. Exercice difficile mais salvateur intellectuellement dont les rajouts ressemblent à des rustines placées ici où là. Vous pouvez le constater au fil du texte.

Allons-y.

Le postulat de base: l’homme amoureux d’une femme « interdite », précisons-le, serait une sorte de dépravé possédant un code moral à usage personnel. Au contraire, l’Institution – Eglise, État, Famille- serait la voie obligatoire à suivre.

Cela pose la question suivante : qu’est-ce que la morale ?

La morale est l’ensemble des règles à respecter pour avoir un comportement qui est jugé bon par la société. Selon l’Eglise et les philosophes des lumières, c’est justement elle qui différencie l’homme de l’animal et le place au dessus de la bête. Et non point en dessous – bien qu’on puisse concevoir que cette place lui conviendrait infiniment mieux; vu qu’il a l’âme pleine d’ordures et de péchés et que la bête n’est qu’innocence et pureté – : c’est comme si l’on accordait plus de prix à une montre qui sera toujours partraque, qu’à une autre, indéréglable.

Alors l’amour interdit là dedans, où se place-t-il?

L’amour interdit, ou amour naissant, intervient dans une violence tonitruante, renversant les idéaux et les réflexes habituels d’un balaiement de main. C’est un ouragan force 5, ravageant l’île de Ouessant, le fantasme d’une complicité et d’un désir si charnel qu’il illuminera ses longues nuits devenues insomniaques d’ampoules de 1.000 watts. Il transgresse les institutions pour s’imposer de façon extraordinaire, révélant une personne au dessus des autres, dont l’apparition dérègle les pactes établis depuis des années.

Le pessimiste, ou le réaliste – tout dépend de sa vision du verre d’eau à moitié plein, ou à moitié vide – estimera qu’il s’agit d’un rêve malsain fait de joies gâchées par l’amertume et l’affliction, de plaisirs empoisonnés par la douleur; un cauchemar chaotiques de délices spasmodiques; de ravissements, d’exultations, de félicités éphémères avec de longs intervalles de malheurs, de souffrances, de périls, de déceptions, d’horreurs et de désespoirs.

Le langage

L’état amoureux s’articule autour d’un langage sacré, résultant de l’ensemble de mouvements mystiques. Chez Rémi Dieu, chez Dante une transfiguration mystique de la femme, chez Neruda et Quasimodo la patrie, la fraternité, l’amitié.

Mais partout le même ton: l’espoir, la notion du destin et l’épanouissement des mœurs. On retrouve partout le même langage universel du désir qu’on souhaite plus que tout autre. Ce qui se produit dans tous les mouvements collectifs, de même que dans l’amour naissant, se constitue en opposition aux institutions traditionnelles et notamment aux institutions dans leurs fondements.

La nature de cette passion réside justement de n’être ni un désir, ni un caprice personnel, mais un mouvement porteur de projet.

Il y a dans tout cela une opposition de raison : doit-on transgresser les interdits pour vivre une passion au grand jour au nom du cœur ou bien doit-on écouter sa raison?

Voyons le postulat de base.

Un être amoureux – peu importe son sexe – contrarié dans ses désirs – peu importe son sexe – pose un regard aimanté sur l’être convoité – une femme -.

La personne se retrouve ainsi affublée des apparats du phœnix, même si elle est édentée et chauve. Pourquoi? Parce que la personne en question devient ce qu’il y a de plus désirable. Sans forcément accepter tout son projet, l’esprit de cette personne possède une force d’attraction, une grande vérité, une valeur indéniable. Nous appréhendons le monde vis à vis de la subjectivité de l’autre. Nos opinions ne s’annulent pas, elles s’intègrent au gré de pactes (cf plus bas)

Qu’il accepte ou non ce nouveau sentiment, l’homme lambda – possédant une capacité spirituelle bien évidemment réduite – tombera immédiatement dans le piège de la non-exactitude. Il s’accrochera aux lieux communs comme un trapéziste saoul à son filin. Il agrippera la main courante des phrases toutes faites et ne les lâchera plus jusqu’au moment où son manège cassera sous les coups de ses virevoltations. Peu importe si l’individu possède une intelligence à la « con » ou non. Son délire devient automatiquement logique. Le mirage opéré par ses fantasmes lui dévoile une route sans encombres, et ce même si il doit multiplier les sauts périlleux et mettre sa tête dans la gueule d’un animal féroce.

En réalité, le sentiment amoureux se manifeste en occident comme une déchirure, une séparation.

D’un côté s’érige un système de règles, d’institutions qui perdurent, alors que les transformations ouvrent une brèche ou s’ouvrent de nouveaux pouvoirs, de nouvelles possibilités.

A quel moment la transgression s’affirme-t-elle comme exemplaire et devient-elle un droit?

Le sexe, le plaisir, l’amour en sont l’essence. Tout cela présentent et s’affirment comme un droit à établir des relations contraires aux règles institutionnalisées. Car pour tomber amoureux, il faut garder au fond du cœur une légèreté enfantine.

Si la personne tombée dans un amour naissant jongle plus ou moins bien avec les arceaux des sentiments en fonçant tête baissée, sourire aux lèvres, dans une banque sujette à un braquage affectif, la personne soumise aux institutions s’interroge : y a-t-il une raison convenable à agir stupidement? Le temps qu’il pèse les arguments, une année se passe et la maxime de Michel Audiard « un con qui marche va plus loin qu’un intellectuel assis », prend tout son sens. Le temps que « l’homme doué de raison » choisisse son camp, la belle s’est barrée avec le con – cf paragraphe précédent – (on espère qu’il s’est cassé les deux jambes entre-temps).

La raison possède donc des arguments facilement quantifiables. Mais qu’en est-il du sentiment amoureux lui-même? La passion, l’ardeur, le feu, le désir et sa ferveur doivent-ils être enfermés dans un frigo cadenassé et la clef enfournée dans le cul d’un cheval piqué par un taon et filant à tout jamais vers une lointaine contrée?

L’affect vaut-il moins que le cerveau? Le cœur est-il moral? Et si oui, combien à combien vaut un kilo de cœur sur le marché dominical de Saint-Brieuc?

Reprenons.

Dans l’un des testaments, Dieu – que vient-il faire là? – aurait fait l’homme à son image et lui aurait imposé une série de commandements afin qu’il puisse atteindre le Paradis à sa mort. Mais qu’est ce que le Paradis? Une sorte de jardin, où une série d’anges asexués sans aucune différences intellectuelles entre-eux passeraient leur temps à jouer de la harpe.

Imaginons une seconde le tableau.

Quel Dieu digne de ce nom inventerait un Eden où le seul plaisir valable en ce bas monde – le sexe – serait proscrit?

Quel Dieu digne de ce nom inventerait un Eden où des millions d’anges joueraient de la harpe pendant des siècles et des siècles? Et pourquoi de la harpe? Y-t-il des morceaux imposés? L’instrument possède-t-il plusieurs cordes? Et quid du biniou?

Intellectuellement, quel Dieu tortionnaire imposerait un régime communiste en brûlant toute forme de culture et d’affirmation de soi en éradiquant l’enseignement et les échanges spirituels en imposant une forme d’esprit malingre et sous-alimenté à ses anges?

Dieu – si il existe bien sûr – ne nous soumettrait-il pas à la tentation en permanence après avoir établi des règles injustes rien que pour nous gonfler les couilles à l’hélium histoire de voir si nous ne changerions pas de voix à chaque moment de plaisir? (J’ignore ce que cette phrase veut dire).

Et la sexualité dans tout ça?

Dieu – si il existe bien sûr – aurait distingué la sexualité humaine de celle de l’animal. La sexualité animale serait cyclique. Elle explose à la saison des amoureux et cesse de se manifester par la suite. Chez l’homme, en revanche, le désir sexuel serait continu, permanent et violent. Lorsqu’il ne l’est pas, c’est qu’il a été réprimé. Chez l’homme, la sexualité se classe parmi les besoins primaires tels que le sommeil ou la faim. La sexualité humaine ne suivrait donc pas un rythme biologique comme chez les animaux.

Elle n’éclate dans toute sa significience qu’au moment de l’amour. Elle est alors inépuisable et pleinement satisfaisante. Elle ne prend pas en compte uniquement les rapports sexuels mais elle comptabilise les moments d’enlacement, de regards, chaque pensée échangé, chaque contact. Notre vie physique et sensorielle se dilate, s’aiguise. Tout est chargé d’une intensité érotique, mille fois supérieure à celle d’un « rapport sexuel » ordinaire.

La sexualité se manifeste tantôt de façon ordinaire, tantôt de façon extraordinaire, discontinue, au cours de moments particuliers, qui sont ceux de l’amour naissant et donc l’amour passionné. La sexualité ordinaire s’apparente à la faim et à la soif.

La sexualité extraordinaire naît d’un élan vital, explose les frontières du possible. Elle est liée à l’intelligence, la fantaisie, l’enthousiasme, la passion. Pour celui qui possède une part de créativité, l’effet est immédiat, sa capacité intellectuelle explose et sa fantaisie se décuple. Les artistes parlent de « muse », les autres d' »énergie ». Dans le cas d’un amour mal partagé, l’effet est inversé au point de tarir l’imaginaire, tant l’abîme entre les deux individus est profond.

Et donc la morale là dedans?

Toujours est-il que, si la morale – et donc son Tout-Puissant – se moque cyniquement de nos pulsions, le cœur mérite d’être écouté. Car l’état naissant unit ce qui doit uni et désuni ce qui était uni.

C’est accepté pour les adolescents car cette période se prête aux ruptures: rupture avec la famille, une géographie, des amis. Les ados rompent avec leur monde, et personne ne leur en veut cet état de faits est institutionnalisé. Elle ne se prête pas aux adultes.

La morale, le cadre institutionnel ne le permet pas, ou mal. Ce n’est pas convenable. On tente de se maîtriser, de parler d’erreur, de comprendre les raisons poussants à ces délits. Il est interdit de se comporter comme un gosse. Il faut conserver son statut. Ne pas accepter de chemins alternatifs. Les Institutions, au sens général, ont horreur de l’état naissant. C’est la seule chose qu’elles redoutent, car c’est la seule chose qui puisse l’ébranler jusque dans ses fondements par sa seule présence.

L’amour naissant c’est l’inattendu, avec sa logique différente de la vie quotidienne. C’est également l’incompréhension Car il détruit les pactes institutionnels.

Il passe donc pour monstrueux, socialement inacceptable, aveugle, tortionnaire et « victimisant ». Il bouleverse l’ordre établi, car c’est un fanatisme. Il ébranle les certitudes et peut créer des situations de risques mortels. Les mécanismes sociaux, la sagesse, la tradition, tout est fait pour étouffer cet état naissant alors que c’est le même état naissant qui a provoqué l’amour naissant « légal » et institutionnel.

Je m’interroge sur l’enfance, les clivages institutionnels entre amoureux d’âges différents, les arguments couramment opposés à l’état naissant.

Je m’interroge aussi sur l’interprétation du « c’est un défoulement sexuel pur ».

C’est un argument largement couru afin de « bestialiser » l’affaire. On réduit l’état amoureux à la sexualité, parce que la sexualité n’a pas un modèle unique de preuve d’amour. Il n’est donc pas redoutable. Or, il semblerait que l’état amoureux soit un agrégat d’émotions authentiques dont la sexualité épanouie n’en serait qu’une expression.

Comment passe-t-on de l’amour naissant à l’amour?

À travers une série d’épreuves.

Des épreuves que nous nous imposons à nous-mêmes, des épreuves que nous imposons à l’autre des épreuves que le système extérieur impose. Nous avons besoin de nous « rassasier » de l’autre. Quelques-unes sont cruciales. Si elles sont surmontées, l’amour naissant progresse sous le régime des certitudes quotidiennes que nous appelons l’amour. Si on ne surmonte pas ces épreuves, quelque chose d’autre survient : le renoncement, la pétrification ou le « désamour ».

Quelle que soit la manière dont vont les choses, ces épreuves, en général, s’oublient. Si l’amour naissant devient amour, elles nous paraissent, rétrospectivement, légères, presque un jeu.

Le passage à l’amour, dans notre souvenir, s’effectue au fur et à mesure que se remplissent les espaces du quotidien à travers » le fait de se consacrer à l’autre, de prendre soin de lui. L’enthousiasme s’éteint doucement dans un dévouement plein de tendresse.

Dans la réalité, au contraire, cette sérénité succède toujours à des événements dramatiques dont on ne connaît pas. Jusqu’au dernier moment, le dénouement. Mais les épreuves s’oublient egalement lorsque l’état amoureux stagne, c’est a dire quand l’un ou l’autre, ou tous les deux, ne surmontent pas les épreuves qu’ils surmontent.

Dans ce cas, on ne se souvient pas d’avoir imposé une épreuve, mais seulement que l’autre ne nous a pas suffisamment aimé, et donc que l’autre, en réalite, ne nous aimait pas.

Ce sentiment crée une opposition: nous souhaitons voir ce désir renaître pour continuer à aimer. Nous désirons désespérément. Et nous avons besoin « d’une dernière fois », comme un shoot. « La dernière fois » devient un nouveau départ et donc la nécessité d’un nouveau début. C’est un combat violent contre nous-mêmes que nous perdons et nous devons nous rendre. Mais se rendre ne veut pas dire accepter sans combattre, un combat réel, contre l’autrefois, des souvenir et les institutions.

Notre détachement provoque des réactions chez l’être aimé. La distanciation n’est peut être pas réciproque dans la réalité ou la temporalité. Alors nous cherchons les signes qu’il ne nous aime pas vraiment.

Qu’en est-il de la sincérité?

Pour le savoir, il faut se plonger dans une série d’épreuves de vérités, que nous nous infligeons à nous-mêmes pour savoir si nous aimons ou pas et donc pour connaître la vérité et bien sûr, la réciprocité.

Une part essentiel de nous même demande à être reconnue et acceptée. L’autre au contraire, l’élude, veut que je renonce, que je me rende à lui en me perdant moi-même et en perdant le sens profond de ma volonté d’être nouveau.

Le couple, dans sa construction, s’oblige à faire et refaire continuellement des projets, à rechercher continuellement d’autres voies.

Mais il trouve également des points auxquels l’homme et la femme ne peuvent renoncer car, s’ils ne les réalisent pas, même l’amour perd son sens : ce sont les points de non retour. Dans les projets, faits et refaits, ces points essentiels reviennent toujours, comme des nœuds que l’on ne peut dénouer, que l’autre doit accepter, assumer comme les siens, intégrer dans les structures de son projet car, autrement, il n’y aurait réellement pas de place pour moi, moi et toute la richesse de ma vie.

« Il prétend m’aimer, mais en fait il n’y a aucune place pour mon moi réel dans son univers imaginaire. Une part essentielle de moi demande à être reconnue et acceptée. Lui, au contraire, l’élude, il veut que je renonce, que je me rende à lui en me perdant moi-même et en perdant le sens profond de ma volonté d’être nouveau, différent, vivant. Par exemple, il dit m’aimer, mais il ne me lie pas à lui dans sa vie, il m’exclut de son travail ; quand il voyage, il ne voyage pas avec moi, il veut me confiner dans un rôle de maîtresse, celle que l’on rencontre de temps à autre, de maîtresse silencieuse et aimée dans l’ombre. Lui, il continue à être lui-même, il ne remet pas en question ses rapports, il les conserve tous. Moi, je ne dois être que son refuge secret, je dois réduire ma vie à attendre qu’il vienne, quand il le souhaite, suivant les règles qu’il s’impose. Non, ce n’est acceptable, pour moi ce n’est pas une vie. »

La question qui se pose en permanence: «Puis-je aller avec toi?»

Cette question est une épreuve. S’il répond non, cela signifie, qu’il me rejette la où je ne peux exister.

D’ailleurs, pour lui, le problème est symétrique.

Le système de relations dans lequel il est inséré est édifié sur un équilibre délicat, réparé, réajusté. Si on le heurte brusquement, il peut exploser. Il a besoin de temps pour réorganiser lentement ses affaires, pour trouver un autre travail, pour régler la situation économique de certaines personnes, pour pouvoir prendre soin de ses enfants d’une manière différente. Dans l’amour il trouve la force de refaire son projet d’existence. C’est un asile d’où il repart fortifié, rassuré. Grâce à cet amour, il trouve la force de se modifier lui-même et de modifier la réalité. En effet, il a déjà entrepris un nouveau travail, il a changé de ville et d’habitudes, il a commence à donner des explications; peu à peu, il sera disponible et libre, mais, pour l’être, il a besoin de certitudes, il a besoin d’amour. Et cela au moment où on lui demande de décider d’une action, de rompre brusquement avec le passé, de se jeter totalement dans l’inconnu et de risquer ainsi de perdre tout ce qu’il aime et qu’il veut réorganiser autour du nouveau centre de son existence, son nouvel amour. Mais s’il perd tout, même le centre reste vide. Aux rendez-vous, il n’apporter qu’un moi mutilé, incomplet, coupable.

Il est tout ce qui le constitue et il ne peut abandonner ce tout sans cesser d’être ce qu’il est.

Dans ce cas, chacun a connu un point de non retour. Chacun demande à l’autre de renoncer a une chose essentielle, une chose que son nouvel amour a justement rendu essentielle, car cet amour veut réorganiser autour de lui la vie dans toute sa richesse.

Chacun demande à l’autre de Renoncer à une partie essentielle de lui-même ce qui le rend pleinement capable d’aimer. On lui demande en substance de détruire son humanisme , de se déshumaniser.

Le passage de l’amour naissant à l’amour implique toujours la nécessité d’aimer quelqu’un qui souhaite que l’on devienne un criminel.

Aimer oblige à faire confiance à quelqu’un dont le comportement est tel qu’il est objectivement absurde de l’aimer. La preuve entraine une lutte dans laquelle chacun demande à l’autre de se rendre dans conditions, de perdre son humanité concrète. C’est un combat de gens qui s’aiment mais c’est un combat a mort.

Celui qui subit l’épreuve lui oppose une résistance désespérée.

Celui qui impose l’épreuve l’impose véritablement et décide dans son coeur que si l’autre n’en sort pas victorieux, il ne l’aimera plus.

Chacun veut être aimé bien qu’il semble être un monstre.

Alors bon… j’avoue que là, on n’est pas loin du drame.

Comment se sortir de cela?

Par l’institution. Celle du début. L’institution, les règles, forment un pacte de valeurs. Car l’amour ne devient possible que lorsque l’on prend le point de non retour de l’autre comme sa vraie propre limite. Ce pacte, lorsqu’il est devenu une réalité conscientisée, établi ce que l’autre ne peut plus demander. Cette certitude née du désespoir, constitue le point stable de la confiance mutuelle. L’impossible existe, et je l’accepte.

Chaque pacte naît d’une rencontre de désespoir, d’impossibilité. Ce pacte, ces nouvelles certitudes, deviennent le point de départ à partir duquel on réorganise l’inexistence quotidienne. (Et hop!)

Comment savoir si ces pactes avec l’amour naissant peuvent se transformer en amour durable?

Il est impossible de le dire.

Si les projets de vie sont opposés, les pactes ne peuvent naître car il ne peut y avoir de compromis.

L’amour est-il une révolution?

L’amour naissant le plus violent est celui qui met en jeu le maximum existence, de responsabilité, de vie. Plus l’ordre des choses est complexe, articulé et riche, plus terrible en est le bouleversement, plus dangereux et risqué en est le processus.

Si une personne à la vie pleine tombe amoureuse d’une personne plus libre, la difficulté n’est pas la même. Celle qui est la plus entravée est celle pour qui le fait de tomber amoureux est le plus bouleversant. L’autre l’aime justement, ou en partie, pour sa complexité qui donne de l’épaisseur et un sens à sa capacité de se modifier. Cette diversité, la nature violente des sentiments, rendent difficile sa transformation en amour stable.

L’amour naissant est une exploration du possible à partir de l’impossible, une tentative de l’imaginaire pour s’imposer à l’existant. Plus la tâche est grande, plus long est le voyage, moins probable est l’arrivée.

Le risque est que cette histoire se réduise à l’histoire de se voyage et de ses mésaventures, de luttes soutenues, sans rives où aborder.

Cet être, devenu le plus important que tout autre, doit alors trouver les ressources pour fonder les pactes, les limites, sans déshumaniser. La tâche est complexe.

L’heure est tardive, les yeux me grattent, j’ai fait tomber mon verre de Saint-Nicolas sur le sol, j’ai glissé dans la litière du chat et je dois me laver les dents.

Au moment où je relis ce billet, je me rends compte que j’ai encore échoué. Non seulement je n’ai éclairé aucune lanterne, mais j’ai chopé un rhume.

Je conclurais donc ainsi.

Dans ce cas, comme dans tant d’autres, il faut peut-être savoir abdiquer. Se laisser aller. Après tout, la vie est une bien belle belle chose lorsque l’on se rend compte de l’état de dépravation mentale et spirituel d’un homme soumis à une grande quantité d’alcool.

(A suivre)

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