1% – Road Trip

On ne m’avait jamais écrit de si beaux mots. Autrefois, on les aurait rédigé sur du papier grammé, caché dans des enveloppes dissimulées dans une boîte sous un lit. Depuis le temps, ça commencerait à faire un sacré tas sous le matelas. Puis il y avait ces virées en moto où le temps nous remplissait, elle et moi. Dans la journée, le temps défilait à toute allure et lorsque l’on s’arrêtait, lui aussi s’arrêtait.Partager la route, ça pousse les gens à se livrer un brin : vous passez la journée sans rien dire, tout seul sur votre bécane, et puis, le soir, parce que les kilomètres vous ont discrètement unis les uns avec les autres par des liens invisibles, alors vous perdez la pudeur et vous avez besoin d’ouvrir le cœur. Autour du feu, quand la nuit est tombée, dans le silence et la douceur de l’air, ça coule tout seul. Chacun y allait de ses confidences. Les liens se tissaient. Au travers des flammes, on percevait des filaments d’âmes s’entremêler et envelopper nos carcasses. La nuit, on laissait nos esprits s’évader et rejoindre le vent dans un murmure nocturne. Je me suis pris à croire que les anges aimaient triturer les carburateurs et écouter du rock N’Roll.

Parfois, il y avait des silences. Comme si le temps s’arrêtait dans nos caboches. Puis, des mots, maladroits, incongrus. On les recueillait sans les juger, sans s’immiscer. Il n’y avait rien à juger ou trahir. Certes, il avait des secrets, des non-dits. Mais c’était pas bien grave. Moi, je prenais ces silences comme un dû, comme si il y avait un secret et qu’il fallait se tenir devant la porte pour empêcher quiconque de le profaner. Si la porte s’ouvrait, c’était sans violence, naturellement. Nous, on attendait. Attendre, c’est parfois huiler des gonds.

Puis on repartait. Elle, collée à moi, moi fonçant dans les virolos à la recherche de vitesse, de sensations, le plus loin possible des humains en quête de sommets, de rivières, de cailloux désertés, de contrés inhabités. Mais y a pas de sommets dans les montagnes. Justes de cols magnifiques, qui captent les yeux, arrêtent le cœur. Et nous, on s’enroulait dans ces journées. On se regardait, et là-bas, tout en haut ou bien en bas, dès qu’on se voyait dans ces immensités, ça créait des traits de beautés entre le monde, le ciel, les étoiles filantes, les lacs et surtout entre nous.

Que vient faire le 1% la dedans?

Rien. Le 1%, c’est un fragment. Une institution dans le monde de la moto. Ce sont ceux qui n’ont plus rien à attendre de la société, des marginaux qui n’excluent aucune subversion pour vivre pleinement leur liberté… Officiellement, ils rejettent l’autorité de l’Etat, la police, les gouvernements et vivent selon leur propre règles: loyauté, honneur et liberté. Souvent, on les associe, à tord, à des criminels.

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