Pourquoi je renverse des piétons?

J’ai une confession à faire. Il y a environ un an, je roulais à vélo dans Paris et j’ai renversé un piéton. Ca n’excuse en rien la peine que j’ai causé. 

Un mois plus tard, j’ai renversé un autre piéton. Un piéton, ça peut laisser de sacrés traces sur un vélo et abimer la jante. Alors j’ai déposé ma machine chez le réparateur. 

Du coup, j’ai marché dans Paris. 

Un soir, un peu bourré, j’ai levé le pouce rue de Rivoli, pour voir si un cycliste s’arrêterait pour me prendre sur son porte-bagage. 

Un vieil homme roulant en vélo-cargo m’a pris dans sa brouette. Nous allions dans le nord. Il était fatigué. Je lui ai proposé de pédaler à sa place. Il s’est installé dans la brouette et j’ai conduit en profitant de la belle descente à contresens d’Oberkampf. Et là, j’ai encore renversé un piéton. Comme le vieux monsieur dormait, je ne l’ai pas réveillé et j’ai continué mon chemin sans m’arrêter jusqu’à ma destination.

Puis j’ai réveillé le vieil homme en le remerciant chaleureusement pour sa solidarité de selles.

Plus tard, j’ai appris que le piéton avait retrouvé la trace du vieux monsieur et avait attendu qu’il se rende chez l’épicier du coin pour le renverser à l’aide de son vélo.

Comment le piéton s’était-il procuré un vélo? Je l’ignore.

Peut-être était-ce celui d’un ami ou que son vélo était aussi au garage?

Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’on vit vraiment dans un monde bizarre. 

Après avoir renversé ce piéton, j’en ai accidentellement renversé 28 autres. 

Je ne comprends pas ce qui se passe. 

Tout le monde renverse un ou deux piétons par an sans s’en rendre compte. 

Mais de mon point de vue, 28, ça fait trop. 

J’ai décidé d’aller au fond du problème. 

Peut-être traversais-je une phase « piéton »?

Peut-être était-ce plus grave. 

Alors, je suis allé voir un psychiatre. 

Il m’a montré une photo encadrée sous verre d’un piéton et m’a demandé ce que cela m’inspirait.

J’ai pris le cadre, je l’ai regardé et j’ai dit que « j’espère qu’il fera bonne route ».

Ensuite, il m’a donné un cadre avec un cycliste dedans.

J’ai dit que je trouvais son vélo très beau.

Puis j’ai laissé tomber la photo encadrée du cycliste sur la photo du piéton et son cadre a explosé en mille morceaux.

Le psychiatre m’a mis à la porte. J’imagine qu’il devait trouver que j’étais guéri. 

La boisson joue-t-elle un rôle? 

Malheureusement oui.

Pas avant les accidents, mais après.

Si vous aviez déjà vu le visage terrifié d’un piéton encastré dans votre roue, vous auriez tendance vous aussi à boire un gin-martini en rentrant chez vous. 

Certains se demanderont : pourquoi ne pas arrêter le vélo? 

C’est drôle, mais après chaque piéton renversé, on se dit que c’est le dernier. 

Et puis, évidemment, ce n’est pas le cas. 

Même si on évite le vélo, on ne peut pas éviter les piétons.

Ils font intégralement partie de notre culture.

On marche pour se déplacer depuis que l’homme est homme. 

Alors que peut-on faire?

Je crois qu’en en parlant ensemble, nous pourrions réduire drastiquement le nombre de piétons que je renverse. 

1 – Ne traversez pas les rues lorsqu’elle possède une piste cyclable. Marchez jusqu’au prochain sous-terrain, passez sous terre, et réfugiez-vous dans un bâtiment. 

2 – Ne circulez pas dans les angles. Continuez tout droit, même si ce n’est pas votre route. En cas de nécessité, demandez à un autre piéton circulant depuis la rue où vous souhaitez aller s’il est possible de marcher en toute sécurité. 

3 – Évitez de porter des vêtements jaunes, rouge, verts, bleus, noirs, blancs ou marrons. Ces couleurs ont tendance à hypnotiser mon regard, et j’ai tendance à vouloir foncer dedans. 

De mon côté, je fais ma part de boulot. Je roule toujours avec la lumière allumée. J’ai installé un puissant klaxonne et porte autour du cou une corne d’olifant afin de faire un maximum de bruit tout au long de mon trajet, notamment de nuit, où l’on ne voit rien. Si j’ai une bonne idée, je n’hésite jamais à la noter sur mon smartphone pendant que je pédale. 

Je ne fais pas de reproche aux piétons. Ils ne font qu’obéir à l’ordre naturel des choses. Marcher n’est pas mauvais en soi, mais ce n’est pas non plus très tendance. Tandis que le vélo si. 

J’entrevois un jour où je repérerai un piéton sur une nationale et pourrai le saluer poliment en passant devant lui.

Où alors, je m’arrêterai et je dirai : « monte sur ma selle mon pote, je te dépose » ?

Et je n’arrêterai pas mon vélo trop tard, en faisant valdinguer le type dans le gravier, et furieux, ensuite, il me poursuivrait et je devrais lui donner des coups de pied, zigzaguer pour lui faire lâcher prise.

Ce jour n’est pas encore arrivé, mais je sens qu’il approche. 

Sur le même thème, une chanson manufacturée : le blues de la pédale https://journalaboutnothing.com/2021/04/27/le-blues-de-la-pedale/

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