La folie du pouvoir

Un maire dans une salle de conférence. On est le soir des élections municipales. Il vient d’être élu. Une femme entre.

Mme Soupuis (fière) : Bravo Mr le maire. En tant que membre du conseil municipal, je vous transmets les félicitations de toute votre équipe.

Mr Bourdoulex : Laissons tomber cela. Tenez, dites un chiffre au hasard.

Mme Soupuis : Un chiffre ? Pourquoi faire ? 8

Mr Bourdoulex : Très bien, ce sera votre nouveau nom. Vous me disiez quelque chose ?

Mme Soupuis (surprise mais se reprenant) : En tant que présidente de votre comité de réception, je vous félicite. Vous allez faire de grandes choses pour notre belle commune.

Mr Bourdoulex : 8, j’ai des projets. Je vais commencer par détruire l’immeuble devant ma fenêtre. Il est grand et gris. J’en préférais un petit et vert. Quelque chose de bucolique qui me rappellerait les jupons de ma grand-mère. Un bâtiment petit à l’extérieur mais grand dedans avec des murs qui bougent en fonction du nombre de personnes dedans.

Mme Soupuis : Mais vous ne pouvez pas détruire ce bâtiment ! Il s’agit de l’hôtel des impôts !

Mr Bourdoulex : Et alors ? Nous ferons des impôts un jardin où nos serfs seront heureux de déposer leur dîme. Napoléon avait vu les choses en grand, lui. Joséphine ne le tenait elle pas pour fou lorsqu’il a voulu conquérir l’Europe ? Si. Moi, je veux de la lumière dans mon bureau. (Il s’approche d’une étagère, l’ouvre et en sort une épée dans son fourreau).

Mme Soupuis (se reprenant et pompeusement) : Mr le maire notre confiance en vous est totale. Nous sommes prêt pour les réformes et libéraliser la commune.

Mr Bourdoulex : 8, saviez vous que Joséphine utilisait l’épée de Napoléon pour ouvrir ses boites de sardines, et qu’ensuite il la punissait parce que la pointe était émoussée ? (Il se met la main sur le cœur, cachée sous sa veste) Nous allons établir un service militaire pour les jeunes du village. Une escouade par rue, une infanterie par quartier, un bataillon par arrondissement ! (sortant l’épée de son fourreau) On ne nous prendra pas l’Alsace et la Lorraine !

Mme Soupuis : Je vous trouve étrange.

On frappe à la porte, une femme entre.

Mlle Losfirge : Monsieur le maire, je vous félicite. Je tenais a vous assurer de mon soutien et je me demandais si… euh, je n’ose pas à vrai dire…

Mr Bourdoulex : Allez-y mon petit, n’ayez crainte.

Mlle Losfirge : C’est pour une dénonciation

Mr Bourdoulex : eh bien dénoncez mon petit, dénoncez !

Mme Soupuis : Nous ne sommes plus au temps des collabos !

Mr Bourdoulex : N’écoutez pas 8, depuis Waterloo elle n’est plus la même.

Mlle Losfirge (se rapprochant du maire) : Il s’agit de mon beau-frère. Il s’occupe de la rédaction des notices constructeurs chez Ikéa. Il ment sur les notices ! Pas plus tard qu’hier, j’ai essayé de monter un très joli meuble en sapin clair, eh bien de meuble, j’ai eu une tourelle.

Mr Bourdoulex : Une tourelle ?

Mlle Losfirge : Une tourelle. Surprise, j’ai essayé de ranger mes vêtements dessus. Je me suis dit qu’avec des mangeurs de rennes, on peut s’attendre à tout. Eh bien, figurez-vous que rien ne tenait sur cette tourelle.

Mr Bourdoulex : Mlle, vos yeux chantent la marée et mon cœur est un cabillau perdu dans les méandres du pouvoir. Cet homme est facétieux et mérite la réprimande.

Mme Soupuis : En tant que membre du conseil municipal, je suis outrée !

Mr Bourdoulex : 8, vous devriez sortir et traverser la rue pendant que le feu est au rouge !

Mme Soupuis quitte la pièce énervée et claque la porte.

Mlle Losfirge : Le plus étrange, c’est qu’un homme en uniforme est venu de je ne sais où, s’est installé sur ma tourelle et épis mes voisins avec des jumelles depuis le début de la semaine !

Dehors on entend des pneus crisser

Mr Bourdoulex : Cet homme, se tient-il sur une seule jambe?

Mlle Losfirge : Oui, un peu comme un héron. Comment le savez-vous ?

Mr Bourdoulex : C’est un Anglais ! (Sortant son épée de son fourreau et le brandissant au dessus de sa tête) Il m’avait fait la même chose à Waterloo ! Vite il faut contre-attaquer ! Faite jouer l’hymne nationale, brandissez nos couleurs, faites venir mon cheval ! Le sang coulera ce soir dans les rues ! La population se rebelle ? Eh bien nous sortirons les mortiers et les baïonnettes, Vive la France, Vive moi !!

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