De l’analyse sémantique du con environnant

Chantal, 54 ans, épaisse comme un rosebeef chargé d’hormones, échange sur la morale d’un directeur d’un établissement pour les personnes âgés avec l’un de ses résidents.

– Selon mon analyse, Julien Vaillant dispose de facultés mentales, ou tout du moins morales, déplorables.

Le vieux fronça les sourcils.

– Vous insinuez qu’il est stupide?

Chantal avala un marchalow.

– Je n’insinue rien, dit-elle en se pourléchant les doigts, j’affirme.

– Je ne suis pas d’accord avec vous. Il n’a rien d’un idiot, et croyez moi, j’ai rencontré de nombreux spécimen durant ma carrière.

– Mon cher Tristan, sachez qu’il existe une classification précise des imbéciles. Les psychologues et philosophes ont exploré une multitude d’états sous-jacent regroupés sous un même dénominateur commun : le con.

Tristan marqua un silence.

– Sans doute, admis l’octogénaire. Mais Julien n’a rien d’un abruti.

Chantal goba deux guimauves. Elle manqua de s’étouffer.

– J’admets qu’il possède des facultés supérieures au simple abruti dont l’émancipation cérébrale ne s’élève guère au dessus du règne animal.

– Vous êtes dure…

– Il n’est pas non plus débile, disons qu’il est doué d’entendement. Dans le cas contraire, il serait incapable d’assurer la comptabilité de sa Maison.

– Vous êtes à cheval sur les mots, vous.

Chantal ignora le sarcasme.

– Pascal Engel, un philosophe passé maître dans l’observation de ses contemporains, poursuit sa hiérarchisation par les crétins.

– Ce n’est pas là même chose ?

– Absolument pas! Le crétin possède une faiblesse héréditaire et donc génétique! Cela n’excuse en rien la pesanteur de ses discussions vides de sens. Cela pose la question de la consanguinité. Un crétin, c’est une lignée familiale défaillante, que dis-je, un arbre généalogique à éradiquer. Ils ne servent à rien.

Tristan repensa à son petit fils amouraché d’une lointaine cousine.

– L’abruti, le crétin, le débile, l’idiot… Il y en a d’autres?

– Le sot.

– Le sot?

– Lui-même. Le sot, c’est le tsunami du con.

– Vous ne mâchez pas vos mots, dit le vieillard séduit par la métaphore géologique. Un tsunami? Carrément?

– Tristan, vous n’écoutez pas. Les sots envahissent le monde, fiers et conquérants, ensevelissant les terres fertiles sous leurs injonctions morales et la tyrannie de leurs susceptibilités. On les retrouve partout, palpable dans chaque entreprise. De prime abord, on le devine plus qu’on ne l’affirme. Il se fond dans l’univers, s’immisce dans le quotidien car il est doué de facultés mentales et d’intelligences. Il capable d’apprendre mais aucunement de mettre en pratique son savoir. Il est cultivé, brille en société mais il élabore des plans dysfonctionnels. Je dirai que le sot est un con sophistiqué.

– Vous y allez fort tout de même. Vous parlez d’une minorité.

Chantal frappa du poing sur la table.

– Tristan! Vous n’écoutez pas! On respire du sot à chaque seconde! Ils sont nos frères, nos voisins, nos collègues, nos dirigeants, nos populations. Ils vicient l’oxygène avec leur sous-morale contagieuse. Ils s’affirment aux comptoirs des bars, dans les rues, dans les conseils d’administration, les banques. On les retrouve au sommet de l’Etat. Ils disent des conneries sans se soucier du vrai ou du faux. Ils souffrent de bavardage.

Elle marqua un silence puis reprit:

—Le journalisme contemporain en est l’exemple le plus flagrant. Il méprise le vrai du faux.

– Le sot est donc un menteur?

– Tristan, vous n’écoutez pas. Concentrez-vous, se fâcha Chantal. Le menteur a besoin du vrai pour affirmer le faux. Il a besoin de se positionner pour manipuler. Le sot n’en n’a cure. Il se fout de la vérité. Il produit de l’information, ou du discours politique pour séduire ou occuper l’esprit. J’estime qu’il s’agit de tromperie. Ce sont des sots complexes producteur de leur propre foutaises.

Chantal fulminait. Ses yeux semblaient sur le point de gicler de leurs orbites comme deux œufs du cul d’une poule.

Tristan recula sur son siège. Chantal lui faisait peur.

– Le sot est partout. Il était endémique, la société l’a rendu pandémique. La sottise de masse. On ne se souci plus de la vérité. Tout ce qui compte c’est l’effet escompté a des fins de propagande. De la foutaise généralisée. Le con est partout!

– Calmez- vous ! Supplia Tristan. Cela ne sert à rien de vous énerver!

– Tristan, vous n’êtes qu’un sot!

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