Journal intime d’Emmanuel Macron période « Gilets-Jaunes »p

Nous avons découvert par inadvertance le journal intime du président. Ce document exceptionnel recouvre la période du second semestre 2018. 

Jour 1
Un an que je suis arrivé au pouvoir. J’aime beaucoup mon bureau .  
Il faut que je refasse les fenêtres. 

Jour 2
J’ai accepté de faire une interview « exclusive » avec Paris-Match sur les conseils de Brigitte. On s’est bien marré quand Alex leur a filé quelques photos « volées » de nous à la plage. Il les avait faites lui-même avec son téléphone. On s’y est pris à cinq fois ! Alex a empoché une jolie somme d’argent. 

Jour 3
Je suis très content de l’interviewe. On est revenu sur ma victoire en 2017. J’ai rendu hommage aux membres d’En Marche en expliquant que je devais tout à ma « team ambiance » et ma stratégie « civic tech » de conquête du pouvoir basée sur mes « helpers » et mes « CEO ». On a gagné parce qu’on a « disrupté » dans la campagne par ma veine « startupper » (1). La journaliste a fait de grands yeux. J’ai bien compris qu’elle ne pigeait rien. Elle sort sûrement d’une école de seconde zone.  En la raccompagnant à la porte de l’Élysée, je lui ai rappelé qu’il fallait garder à l’esprit l’idée de « start-up nation » et que sans cela, on ne pouvait rien comprendre au courage et à cette verticalité qui m’animent, cette « task force » d’En Marche. Elle a fait une moue dubitative.
Alex se marrait dans sa barbe.

Jour 4
Avec Édouard, on s’est fait un petit point sur les mesures de la première année. Moralisation de la vie politique, réforme du Code du travail, rythmes scolaires (2)… Je suis très content de la suppression de l’ISF et de mon « cocktail fiscal » pro-entreprises ; le grand chambardement du Code du travail ; le retour en force de l’État sur la formation professionnelle et l’assurance-chômage ; dans l’éducation des réformes au pas de charge, de la maternelle à l’université ; la première victoire en pointillé sur le déficit public ; la coûteuse taxe carbone (3).
On a bien déjeuné. Il faut absolument penser à racheter des petites cuillères.

Jour 5
Ah mai !
J’adore le printemps.
Alexandre ne tient plus en place. Il a une telle énergie !
Il est comme un dingue depuis qu’on lui a offert un fusil à pompe. Il dézingue toutes les statuettes du jardin de l’Élysée.
Pour dissimuler le bruit, j’ai demandé à la DDE de refaire le bitume des rues avoisinantes. 

Jour 6
Il fait super beau ! Alex veut aller « tâter le terrain ».
J’ai accepté à la seule et unique condition qu’il arrête de tirer sur les gardes républicains.

Jour 7
Il fait un peu moins beau.
Il faut que je fasse changer la salle de bain.
Où est ce que j’ai mis cette petite cuillère?

Jour 7
Pas le moral.
Brigitte me fait la gueule parce que j’ai houspillé un journaliste qui a cru bon de publier un récapitulatif de mes « petites phrases ». Quel salopard !
Une vile charogne qui n’a pas hésité à ressortir : « Vous ne m’impressionnez pas avec vos tee-shirts. Le meilleur moyen de se payer un costard c’est de travailler ! » (Mai 2016 sur la Loi El Khomeri), « je serai d’une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes » (Athènes, 8 septembre 2017), « une gare c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. » (29 juin 2017), « le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien » (2 juin 2017), « le Gaulois réfractaire au changement » (30 aout 2018).
Il a même ressorti les vidéos où j’engueule un jeune !
La presse adore détruire ce qu’elle a adoré.
Toute cette destruction créatrice, c’est terriblement Shumpeterien.

Jour 8
Alex dort beaucoup. Je trouve cela bizarre.

Jour 9
Le lobby de la sécurité routière ne me lâche pas d’un pouce. Il vous colle plus qu’une crise hémorroïdaire un lendemain de couscous épicé. J’ai abdiqué. Dès demain, toutes les routes seront limitées à 80km/h. Les Français pourront profiter du paysage. Je vais leur coller des contrôler routier sur tout le territoire. Ca paiera une partie de la SECU. 

Jour 10
C’est le pompon ! Les automobilistes et les motards me font la gueule. Pourtant, grâce à moi, tous ces bouseux vont économiser sur l’entretien de leurs cagettes à moteur. Tiens, je vais leur coller un contrôle technique obligatoire et une hausse de la CSG.

Jour 11
Alex est un con ! Il a accompagné les forces de l’ordre pendant les manifestations du 1er mai et il a « interpelé » des gens dans la rue ! Il n’est même pas policier ! C’est un comble ! Il n’a même pas eu le courage de me le dire, c’est Brigitte qui me l’a annoncé pendant le diner ! J’ai craché ma soupe au caviar sur son Vuitton.
PS : Il me faut des petites cuillères.

Jour 12
Bordel de cul de pute ménopausée après un gang-bang dominical dans un monastère du Lubéron devant la réincarnation de Jean-Paul II !
Ils les bouffent les petites cuillères ici ou quoi ?
Impossible de trouver de la vaisselle pour touiller le sucre dans mon café !

Jour 13
Alex est un con. Je l’adore, mais c’est un con. Gérard vient de me faire un mémo et ce n’est pas joli, joli. J’avais bien qu’Alexandre avait besoin de se dépenser. J’aurais dû l’emmener courir ou bien aller le faire toiletter. À la place, il a mordu des touristes et des jeunes — sûrement des extrémistes au demeurant —.
Il faut que je fasse piquer Nemo, Brigitte ne peut plus supporter ce clébard.

Jour 14
J’ai fait une commande de vaisselle.

Jour 15
Les médias parlent d’Alexandre toute la journée. Il est foutu.

Jour 16
Le Canard Enchainé dit qu’on a acheté pour 500 000 euros de vaisselle ! Pourtant, j’ai été expert-comptable en banque ! J’aurais dû relire le contrat avant de le signer. On va retirer un zéro et dire que le journal s’est trompé.

Jour 17
Mauvaise journée.
Nicolas et Gérard me quittent.
Ils ne comprennent rien à la France. Heureusement qu’Alex est là.

Jour 17
Je suis allé en Province. J’ai vu un tas de clodos porter des gilets jaunes au beau milieu d’un rond-point. Chose étrange :  aucune trace d’accident. Il faut que je relise ma loi sur les contrôles techniques. Édouard a peut-être malencontreusement rajouté un amendement pour forcer les Français à s’accoutrer de la sorte quand ils marchent dans la rue…

Jour 18
Y a vraiment beaucoup de clodos. 

Jour 19
Ce ne sont pas des clodos ! Ce sont des provinciaux !
Ah bah merde !
J’avais oublié qu’ils existaient ceux-là ! C’est marrant. Ils ont récupéré le vieux gilet qui trainait dans leur bagnole pour en faire un signe de ralliement. Ce sont des pros de la récup. J’appelle ça « l’instinct Emmaüs » : rien ne se perd, tout se transforme .
C’est beau comme du Shumpeter.

Jour 20
Ils cassent tout ! Une marée humaine de gilets jaunes déferle sur la capitale, ravageant les Champs-Élysées à coup de batte de base-ball. Ils violent les touristes japonais et forcent les Chinois à manger des choucroutes.
On m’a rapporté qu’il y a des Normands, des Bretons et même des Jurassiens ! Des Jurassiens ! Comme dans Jurassic Parc!

Jour 21
Les médias sont des enculés.
PS : Les Jurassiens, c’est pas des dinosaures mais des gens qui vivent dans les montagnes près de la Suisse 

Jour 22
Non, mais allo quoi ! Les journalistes donnent la parole à tous les péquenauds habillés comme si un Boing s’était crashé sur l’A6 un jour de chassé-croisé.
J’ai essayé de les écouter, mais je ne comprends pas ce qu’ils disent.
Je vois bien qu’ils essaient de communiquer, mais je ne comprends pas.

Jour 23
Entendu gilet jaune parler, moi pas comprendre.

Jour 23 — rebelote
J’ai dit à un gamin à peine lettré de traverser la rue pour trouver du taf… Sauf qu’à ce moment, un camion est arrivé. Il roulait à 80 km/h.
Le mioche est mort sur le coup.
Le port du gilet jaune aurait-il pu empêcher cet accident ? Non.
Le gamin en portait justement un.
Peut-être faudrait-il instaurer l’obligation aux gilets jaunes de porter deux gilets jaunes. L’un sur l’autre.
L’épaisseur peut sauver.
Pas bête.
Je vais en parler au lobby du textile avant de soumettre l’idée en Conseil des ministres.

Jour 24
Je ne parle pas les langues étrangères. Je laisse la main à Édouard. Avec son Erasmus au Havre, il a dû acquérir des notions…

Jour 25
Alex m’a dit : « tu vois, les gilets jaunes, c’est une forme de race humaine. Juste celle qui se trouve après le règne animal. Ça se situe entre le consanguin et le débile mental ».
Je trouve que c’est un peu caricatural.
Heureusement, le Medef m’a envoyé un traducteur. Il me donne des cours de langue « gilet jaune ». Je ne comprends pas pourquoi tout commence par une bière. 

Jour 26
Ces cons ont pété l’Arc de Triomphe !
Alex a raison ! Ils sont totalement idiots ! Enfin…
C’est un mal pour un bien.
Ils auraient pu péter l’Apple Store, la HSBC ou le MacDo sur les Champs-Élysées qui, eut, ne paient pas leurs impôts en France.
Ils ont raté leur cible ! 
Je trouve la situation pleine de cynisme. Ils vont devoir payer les réparations alors qu’ils n’ont pas un kopeck. 
Édouard est parti au Havre pêcher des infos.

Jour 27
Édouard est rentré.
On dirait qu’il est sous anxiolytique.
Il me dit qu’on a trop chargé la mule en augmentant le prix de l’essence. 
« Ces gens ne parlent pas, ils émettent des sons gutturaux qui équivaut à un langage », m’a-t-il expliqué avant de commencer à faire des « gggrrrr » en levant le menton. « Mais il y en a qui parlent notre langue ».
Cela m’a rassuré.  
Edouard affirme que ces gens sont Français. Attention ! Ce n’était pas certain ça ! Des ministres m’affirmaient qu’ils s’agissaient de migrants « grimés en accidentés de la route ».
Bref.
Ils me le paieront au prochain remaniement ministériel…
Les gilets jaunes veulent des choses très différentes : baisse du prix de l’essence, le retour de l’ISF, des accès avec une rampe aux bordels pour les handicapés, extermination des migrants, baisse du prix du pain de 800 %, des IphoneX pour tous à 50 euros moyennant un abonnement à 1 euro, des gilets jaune avec une polaire intégrée, des ronds-points plus larges, une baisse du prix de la saucisse…
La liste est terriblement longue.
J’ai besoin de me reposer.
Alex me manque.

Jour 28
Je ne retrouve plus Nemo.
Brigitte l’a refilé à Alex. « Ca l’occupe », m’a-t-elle dit car « il n’a pas grand moral ».
Édouard aurait bien besoin d’une bonne grosse léchouille.
Un gilet jaune est entré au ministère ce matin avant d’en sortir aussitôt.
Matignon est devenu un vrai moulin.

Jour 29
Voilà quatre week-ends que ces péquenauds viennent tout casser sur Paris. J’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et de m’adresser au peuple. Schiappa et Philippe m’ont fait des notes pour synthétiser les principales revendications. Comme j’étais stressé, Alex m’a fait les ongles juste avant l’enregistrement de mon allocution.
Le vernis tarde à sécher.

Jour 30
Merde ! Merde ! Merde !
Le vernis a coulé et la France entière a vu que je m’étais fait faire les ongles ! Le monde entier se fout de moi  !
Du côté des consanguins, ça ne se calme pas vraiment. Grâce à un super tour de passe-passe, je leur file 100 balles et ils continuent de gueuler. J’ai fait au max du max pourtant. Il ne me reste plus qu’une solution : je vais envoyer François de Rugy leur parler. Il fait du Yoga et des exercices de respiration depuis des années.
Il saura garder son calme.

Jour 31
J’ai reçu un Snap de Nicolas H. et de Gérard C.. Ils sont sur un catamaran au large du Brésil. Ils ont l’air de bien se marrer. Sous la photo, il y a un cœur avec écrit « on est avec toi ». Je sens bien qu’il y a un message inconscient là-dessous.
J’aurai peut-être dû les écouter. Il faudrait que je m’alimente. Avec toute cette affaire, j’ai perdu 7 kilos.

1 — Marianne, le 12 mai 2017
2 — Le Monde, le 11 juillet 2017
3 — Les Échos, le 19 avril 2018

7 commentaires

  1. Si vous aimez les journaux intimes, j’en ai fait deux ou trois autres: un sur Sarko (au moment de sa « retraite ») et un sur DSK (au moment du procès Carlton à Lille – il est assez violent mais moins que la réalité – Je l’aime beaucoup)

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