Le mensonge

Je suis tombé sur cette maxime par hasard en surfant sur des sites religieux. Le mensonge serait donc « la face cachée du démon ». Et pourtant : du premier mot du matin au dernier mot du soir, tout le monde ment.

L’individu qui dit : « dites la vérité, rien que la vérité », ne peut croire en sa propre sentence. Personne ne vit dans la vérité permanente. L’Homme vivant dans cette vérité serait tout bonnement une créature impossible. Il n’existe pas. Il n’a jamais existé. Il n’existera pas. Sans doute existe-t-il des gens croyant vivre dans la vérité la plus nue. Ils le croient sans doute fermement. Draine l’idée dans les interstices de toutes leurs relations humaines. Mais il n’en n’est rien. Leur ignorance est l’une des choses plus honteuses de notre civilisation. Tout le monde ment. Chaque jour. Chaque heure. Chaque jour. Dans leur sommeil. Dans les rêves, les joies, les deuils. Si la langue reste immobile, les mains, les pieds, les yeux…. toute l’attitude cherche à tromper. Ne parlons pas des sermons de nos religions…

  • Allons donc voir Jean-Daniel, dit l’homme à sa femme.
  • Avec grand plaisir ! lui répondit-elle.
    Nous mentons de façon charmante et aimable en acceptant d’aller voir des gens dont nous n’avons que faire. Il s’agit d’un mensonge civil qui fait honneur à notre intelligence et notre coeur.

Notre société utilise le mensonge pour se parer d’une forme de civilité. Tout commence par le fameux : « comment ça va? ».
« Comment ça va? » est le premier des mensonges, car en réalité, personne ne se soucie réellement de l’état de santé de son voisin, excepté si vous travaillez dans les pompes funèbres.
La réponse est tout aussi mensongère. Au « Comment ça va », l’interpelé ne cherche pas à faire une étude consciencieuse de son état de santé. Au contraire, il répondra pudiquement qu’il va bien. Le plus pervers racontera au contraire qu’il va mal et s’appesantira sur divers soucis d’ordres morales dans le seul but de faire plaisir à l’autre, de lui permettre de se sentir fort face à votre vulnérabilité. Chaque réponse à « comment ça va » est une fausse réponse.

Si un étranger venait vous rendre visite et vous déranger, vous lui diriez chaleureusement : « je suis heureux de vous voir ! » tandis que vous penseriez tout au fond de votre coeur : « puisses-tu mourir électrocuté sur place dans la seconde et ton corps se volatiliser sans ébouriffer la moindre mèche de mes cheveux ». Et quand il partirait, vous n’hésiteriez pas une seconde à lui balancer un « à bientôt! » alors que vous espérez un « adieu ».
Il n’y a rien de mal à cela. Cela ne trompe et ne blesse personne. La vérité, au contraire, blesserait les deux individus.
Je pense que le mensonge courtois est un art charmant et aimable qui devrait être cultivé.
La plus haute perfection de la politesse n’est qu’un superbe édifice, bâti, de la base au sommet, d’un tas inoffensifs de mensonges, gracieusement dépensés et ornementés.

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