Mon ami Eric : les dérives addictives et changement d’humeur

Pour comprendre et me faire aider sur cet article, je me suis inspiré des textes de Jeannes Siaud-Facchin

« Etre un vrai connard, c’est un bon remède à ma maladie. J’ai besoin d’un traitement radical : être un connard, ce sera la chimiothérapie de mon intelligence. C’est un risque que je prends sans hésiter. Mais si,dans six mois, vous voyez que je m’épanouis un peu trop en tant que… sale con, intervenez. Mon but n’est pas de devenir stupide et cupide, mais d’en laisser circuler des molécules dans mon organisme, pour purger mon esprit trop douloureux. Mais n’intervenez pas avant six mois. […] C’est aussi un risque. D’autant qu’être stupide apporte beaucoup plus de plaisir que de vivre sous le joug de l’intelligence. On y est plus heureux, c’est certain. Je ne devrai pas garder le sens de la bêtise, mais les éléments bénéfiques qui y nagent comme des oligo-éléments : le bonheur, une certaine distance, une capacité à ne pas souffrir de mon empathie, une légèreté de vie, d’esprit. De l’insou dance ! […] Finalement, en devenant stupide, je pourrai, pour une fois, faire preuve d’une étonnante intelligence. Vous me trouvez perfide ? » Martin Page

S’inhiber pour survivre. Après tout, être un vrai connard, ca peut avoir du bon. « Quand je m’enfile un petit verre, je me sens tellement mieux », avoue Eric. « Je n’en n’ai pas besoin et je sais que je suis sensible à toute forme potentielle d’addiction. Je ne peux pas m’empêcher de me méfier des drogues sous toutes ces formes ».

« L’inhibition est une stratégie puissante dont les effets sont parfois irréversibles. Quand on a déployé une énergie considérable pour étouffer, voire détruire, tout un pan de soi-même, il arrive que les effets recherchés dépassent l’objectif initial. Il s’agissait d’apaiser une souffrance insidieuse, on en arrive à un appauvrissement de soi et un réel désert intérieur. Il en résulte des personnalités éteintes, égarées dans une existence sans signification et le plus souvent isolées socialement. L’objectif de « devenir stupide » les a rendues indifférentes à elles-mêmes et transparentes aux yeux des autres. «  (Jeannes Siaud-Facchin)

« Tu vas sans doute trouver ça orgueilleux », me dit-il en juin dernier, « mais je suis allé chez un psy cognitif. J’étais mal à l’aise. J’ai vite eu la conviction qu’il ne comprennait pas. Il ne saisissait pas la nature de mon problème, de mes difficulté. Alors que moi, je sais. Mieux que lui. J’avais le sentiment que j’étais obligé de le mettre sur la voie, que c’est moi qui l’aidait à soi-disant m’aider », m’a-t-il dit dans un mélange de honte de d’humilité.

« Il faut pourtant que je lâche prise. Je me sens souvent enfermé, terré, comme étouffé. Cela dépend des moments. Alors, je trouve des solutions. Ou plutôt, les solutions apparaissent comme ça, sans que j’en maitrise le tempo, le rythme, la fréquence et l’intensité. Ca m’aide vraiment à me sentir détaché des choses. Je peux mettre toute mon énergie dans un problème compliqué à résoudre tant que cela dévie ma pensée de choses douloureuses. Il faut que j’apprenne à lacher prise »

Il m’a dit cela la semaine dernière après m’avoir annoncé qu’il allait se mettre à l’accumponcture et l’hypnotisme.

Or, selon Jeannes Siaud-Facchin la mode du laché-prise « convient mal au fonctionnement du surdoué. C’est un écueil fréquent inspire par les courants psychologiques actuels. L’idée est de faire céder les tensions intérieures pour se reconnecter profondément à soi-même et s’emplir d’un calme bienfaiteur, source de guérison. Mais, pour un surdoué, c’est précisément dans ces moments de lâcher-prise que les pensées se déploient car elles ont de l’espace libéré et s’il parvient, un peu, à stopper ses pensées, c’est 1’angoisse, diffuse, qui monte. Pour apaiser ses pensées, il est de meilleur conseil de proposer au surdoué de se plonger totalement dans autre chose, très éloigné de ses occupations habituelles et qui l’absorbe complètement. Plus c’est décalé par rapport à son quotidien et à son mode de vie ordinaire, mieux c’est. Ce qui compte est de pouvoir s’adonner à cette activité, à ce passetemps, pleinement. Une « purge » pour la pensée ! »

Alors là mes cocos, je ne sais pas quoi répondre mis à part : il y aura surement un article pour décrire la suite de l’affaire.

La spécialiste termine son chapitre en disant : « La prise en charge du surdoué comporte des leviers thérapeutiques qu’il faut connaître et savoir utiliser. En particulier, on peut s’appuyer sur le soi cognitif souvent intact mais étouffé. Penser est à la source de la soufïrance, mais on peut aider le surdoué à réapprivoiser sa pensée pour en faire une alliée dans le processus de réhabilitation de soi. Comme si on restaurait une ancienne bâtisse : tout est fissuré, la toiture s’effondre, mais les fondations résistent et on peut s’appuyer sur elles, les renforcer pour reconstruire une base solide et protectrice. Mais ouverte aussi, pour faire entrer les autres, la vie, sans avoir peur d’être attaqué. « .

L’humeur changeante sans raison apparente

« Tout d’un coup je suis hypercontent et tout de suite après, je suis triste. C’est comme si j’avais des sauts d’humeur. Ca n’est pas en permanence heureusement, mais c’est terriblement fréquent. J’ai appris à le dissimuler, mais c’est terriblement gênant », me dit Eric en faisant une roulade par terre.

C’est vrai que je l’ai déjà vu rire aux éclats et avoir les yeux humides dans la seconde qui suit. Ou bien être souvent le premier à rire dans une salle de cinéma. Ou tomber devenir silencieux tout d’un coup, sans raison apparente.

Pour Jeannes Siaud-Facchin, c’est « lié à la rapidité d’activation des liens en arborescence, l’enchaînement des idées active sur un tempo très rapide des représentations, pensees, émotions, souvenirs à coloration aussi bien positive, négative, anxiogène, plaisante. Cette labilité de l’humeur peut être confondue avec des tableaux cliniques classiques de dépression ou de trouble bipolaire. Il s’agit seulement du fonctionnement cognitif qui transporte dans son foisonnement incessant toute la gamme des émotions. »

Eric n’est pas dépressif, contrairement à Samuel (je me lancerai plus tard dans la description de cet autre ami).

Pour le zèbre, c’est un vécu parfois difficile car lui non plus n’a pas accès aux racines de ses changements rapides de l’humeur. Il ne sait ni pourquoi il est triste ni pourquoi il se sent bien. D’une certaine façon, il est la victime impuissante d’un fonctionnement cérébral qui le gouverne et le dépasse. Il n’a plus accès à lui-même, ce qui peut aussi être une vraie source d’angoisse et de malaise. Inaccessible à une compréhension et une prise en charge classiques ».

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