Journal Intime de Nicolas Sarkozy

Lundi 1

Je me demande pourquoi ils ont décidé d’appeler cette péninsule le cap Nègre.

Le type qui a inventé ce nom est sûrement un connard.

Carla est partie se baigner avec les enfants.

J’ai bronzé ce matin près de la piscine.

J’irai faire du vélo cet après-midi.

J’ai beaucoup de temps libre.

Mardi 2

Jean-François Copé m’a appelé ce matin.

Quel connard.

En quelques mois, il a réussi à cumuler tout ce qu’il ne faut pas faire en politique :

1/ Il s’est collé ces clébards de journaleux aux basques.

2/ Il est dans la merde avec la justice.

3/ Le parti fuit de toute part.

Il veut des conseils pour gérer toute cette merde.

C’est hors de question !

Je préfère le voir s’enliser.

Je n’ai aucune confiance en lui. Il a une tête de coupable. Si tu le colles dans un film à suspens, le spectateur le repère tout de suite.

Nez trop long.

Yeux fourbes.

Calvitie de mec pas franc.

Sourire cynique.

C’est la caricature du méchant.

Moi, à chaque fois que je lui sers la main, j’ai l’impression qu’il va me tirer ma rolex.

J’ai raconté ce coup de fil à Carla. Elle a bien rit. Ca lui a même inspiré une chanson:

« De bon matin,

Je file à la boulangerie,

Déguster mon petit pain,

Croustillant avec coquetterie.

Mon bout de choco,

Vaut mieux que ton osso-buco,

Dans ma tête il souffle le sirocco,

Moi à toi, je dis banco ».

Puis, elle m’a sourit avant de partir de baigner.

Cet après midi, j’ai fait 30 kilomètres à vélo.

J’ai une patate d’enfer.

Mercredi 3

Cette nuit, j’ai fait un drôle de rêve.

Je mangeais un osso-buco chez Germaine, quand François le Fion est sorti de sous un jarret de veau.

Il avait son air mauvais habituel.

Celui que les gens prennent pour de l’impassibilité.

Il répétait sans cesse : « Pourquoi as-tu donné le parti à Copé? Pourquoi pas à moi? Pourquoi n’as-tu pas rajouté plus ce céleri? ». Puis, il s’est mis à couler sur ma tomate.

Je me suis réveillé en sursaut.

Ce matin, je me suis occupé de Giulia pendant que Carla posait pour une séance photo.

J’ai regardé la saison 1 de l’âne Trotro.

Cet après-midi : pas de vélo.

Mon pneu avant est crevé. J’ai passé le reste de la journée devant la piscine.

J’ai énormément de temps libre.

Jeudi 4 

Jean-François m’a appelé : le Fion n’est pas content. Il fera tout pour me saborder auprès des ténors du parti. Il tente aussi de me savonner la planche au cas où je déciderai de revenir.

J’ai raconté mon rêve à Jean-François. « C’est une prémonition », m’a-t-il prévenu. « François, c’est un teigneux, un revanchard. Il ne nous laissera jamais tranquille ».

Je n’ai pas répondu.

C’est vrai que ça fait dix ans que le notaire de province me les pompe grave avec son air de curé.

Carla m’a demandé si j’aimais le cap Nègre. J’ai répondu par l’affirmative. Excepté pour le nom qui me dérange beaucoup.

Cela l’a beaucoup fait rire.

Ca l’a même inspiré. Elle s’est mise à chanter « Le petit-nègre, de la pègre, bête à bon Dieu. Le petit-nègre dans la merde coule sous mes yeux ».

Puis, elle a sauté dans la piscine en faisant une bombe.

Carlita c’est une poètesse.

Même grossière et vulgaire, elle garde cette classe intangible.

J’ai demandé à un garde du corps de changer la roue de mon vélo.

J’ai roulé 70 kilomètres sans m’arrêter.

Puis je suis rentré au cap Nègre me reposer près de la piscine.

Vendredi 5

Mauvais rêve. Une calamité. Pourtant tout avait bien commencé.

J’aime m’endormir en me conditionnant : je m’allonge sur le ventre, la tête bien calée dans l’oreiller.

J’imagine rejoindre Paris en vélo.

Arrivé à Clermont-Ferrand, je fais une halte dans un troquet.

Je commande une tête de veau sauce gribiche.

Lorsque le plat arrive, la tête de veau est remplacée par de la joue de François. Je le reconnais à sa mauvaise peau.

Sur un coin de l’assiette, il y a sa bouche.

Un peu plus loin, caché sous une salade, je repère un oeil mauvais qui cligne pendant que la bouche se met à me parler : « Tu me le paieras Nicolas. Il fallait me donner le parti. Si tu ne me soutiens pas, je sortirai toutes les affaires. Je me glisserai dans tous les plats en sauces que tu commanderas jusqu’à la fin de tes jours. Tu me verras partout. Je vais te pourrir la vie sale petit ingrat de merde. Sale con. Boule de chiasse. Sac à foutre… ».

Ses insultes devenaient de plus en plus gênantes.

J’ai aussitôt renvoyé mon plat en cuisine.

François gueulait comme un veau jusqu’aux portes battantes de la salle du fond.

J’étais mal à l’aise. Des clients m’ont observé. Je pense qu’ils m’ont entendu injurier ma salade.

J’ai changé de plat.

J’ai commandé un jambon-beurre.

J’ai vérifié que François ne se cachait pas entre le pain et le fromage. Chose faites, je l’ai avalé en deux bouchées avant de repartir.

Je me suis réveillé, inondé de transpiration.

Il m’a fallu une bonne demi-heure pour me rendormir.

Je me suis levé vers 10h.

J’ai beaucoup de temps libre.

Je me fais limite un peu chier.

Cela fait des mois que j’ai arrêté la politique.

Ceci dit, mon bronzage est parfait.

Sur la table de chevet, mon téléphone m’indique que j’ai reçu quatre SMS dans la nuit.

Le premier provenait de François : « Si tu ne me soutiens pas dans les médias, j’hanterai tous tes plats en sauce».

J’étais estomaqué. Mon rêve devenait réalité.

J’ai du m’asseoir. Mais la chaise a cassé sous mon poids. Je me suis fait mal à la jambe.

Rien de grave. Mais comment ce fils d’une pute sarthoise peut-il connaitre mes rêves? C’est incroyable.

Le second texto était encore signé de François : « Tu n’aurais pas du t’asseoir sur cette chaise. Je l’ai scié pendant que tu dormais. Ce n’est que le début Nicolas. Ce n’est que le début… ». 

Il a commencé à me faire peur le nobody du pot de gras.

J’ai regardé autour de moi pour voir si il ne s’était pas caché quelque part.

J’ai appelé Michel, le chef de mon service de sécurité. Il m’a assuré que personne n’était entré dans la nuit chez nous.

J’ai lu le troisième SMS :

« Tous les jours, à 14h32 précise, Michel se cache derrière le grand tilleul près de la piscine. Il se masturbe en regardant Carla nager.

François.

PS : C’est moi qui ait crevé ton pneu. ». 

J’ai jeté un coup d’oeil à Michel. Il m’apparu soudain moins fiable. Il regardait par la fenêtre.

Son regard portait au loin.

Il n’avait pas la tête à sa mission.

Il fallait me ressaisir. Me calmer.

François, c’est un politique de petite stature. Il est tout juste bon à gérer une communauté d’agglomération.

C’est une pâte molle, un salopard de petite envergure, un balai à chiotte. De la chaire à ostéopathe.

Il ne sait plus rien sur moi.

J’ai coupé les ponts.

Je ne l’ai jamais invité au cap Nègre. On n’invite pas le roi de la rillette au pays du caviar.

Calme toi Nico, calme toi…

Le dernier message provenait de Jean-François : « Rappel-moi : urgent ».

Je n’ai pas rappelé.

J’ai été Président.

Il n’a qu’à m’appeler lui-même.

Je suis très occupé.

Cette après-midi : piscine, lecture et 21 kilomètres à vélo.

Petite forme.

Je mange des radis.

J’ai regardé la saison 2 de l’âne trotro avec Giulia.

Samedi 6

J’ai bien dormi.

En réalité, j’aurai pu dormir plus longtemps, mais Carla m’a réveillé.

Elle s’est mise à jouer de la guitare et à chanter au pied du lit «pour que mon réveil soit harmonieux».

Ce n’est pas désagréable d’avoir une femme artiste.

En revanche, je n’ai pas accroché avec les paroles.

Ca n’avait ni queue ni tête.

Une sorte de juxtaposition de plats collés les uns aux autres : « Nadine est une andouilette. Claude, un boeuf carotte. Nathalie, un blanc de seiche à l’armoricaine. Valérie, un pot-au-feu. Bruno, une carbonnade. François, une aile de raie pochée sauce au beurre blanc. Nicolas, tu es un aigle sauce poivre, mon lièvre à la Royale ». 

Carlita m’a souri avant de sautiller hors de la pièce pour aller faire la bombe dans la piscine.

Quand je pense qu’Enthoveen a eu le droit à une jolie chanson sur son prénom et que moi, j’ai une chanson sur les plats mijotés.

Giulia a voulu jouer aux Play Doh.

J’ai fait semblant de cuisiner pendant une heure avant de la coller devant la saison 3 de l’âne Tortro.

Vers 13 heures, Bernadette est venue déjeuner.

Je lui ai fait part de mes inquiétudes concernant la France et la politique socialiste.

Je lui ai demandé conseil quant au parti.

Elle me recommande de rester au Lavandou.

A un moment, elle s’est excusée pour aller aux toilettes. Elle n’est pas partie bien longtemps. A peine avait-elle disparue de mon champ de vision qu’elle est revenue courroucée en criant :

« Nicolas ! Nicolas ! Il y a un type qui se masturbe derrière un arbre !

• Quoi! Qui? demandais-je en me levant.

• Je ne l’ai pas reconnu. Au cas où tu n’aurais rien remarqué, je suis myope comme une chaufferette. »

J’ai repensé à François. J’ai cherché Michel partout. Il était au garage. Il réparait son vélo.

Bernadette a du imaginer toute cette histoire. Avec un mari pareil, elle est devenue un peu Toctoc mamy pièces jaunes.

J’ai mis cela sur le compte de la sénilité.

Affaire classée.

Bernadette ne veut pas que je reprenne l’UMP.

Pourtant, cela me parait une bonne idée.

Je pourrais enfin quitter le Cap Nègre.

J’ai essayé de lui fourguer Giulia pour une semaine. Elle serait bien la petite chez son papi et sa mamy « tête de veau ». Bernadette a refusé. Jacques lui a confié qu’il me « maudissait sur des générations et des générations ». Je vais devoir garder la petite.

Flûte.

Cet après-midi, je suis allé jusqu’à Hyères en vélo.

Je suis épuisé.

Je me suis endormi sur le canapé.

Je m’emmerde.

Dimanche 7

Je m’emmerde sec.

Rien à foutre ici.

Xavier m’a téléphoné.

Je n’ai pas décroché.

C’est un con.

Avec ses airs de petit assureur, j’ai toujours l’impression qu’il veut me vendre un contrat habitation.

J’ai mangé des choux-fleurs.

Lundi 8 

Cette nuit, j’ai cru mourir de faim.

Les choux-fleurs, c’est de la merde.

Je suis descendu à la cuisine grailler un bout.

J’ai ouvert le frigo.

Il restait des carbonaras.

Ca c’est un plat d’homme.

Au moment où j’ai plongé ma fourchette dans les pâtes, je me suis rendu compte que les boulettes de viandes formaient le visage de François.

Croyant rêver, je me suis frotté les yeux.

C’est alors que les boulettes m’ont parlé : « Alors Papy, on farte la retraite? T’as la gueule bronzée comme le cul de Rama. Tu vas prendre ton téléphone, appeler Jean-François et lui dire d’abdiquer en ma faveur. Il a truqué les élections. Je veux l’UMP. Tu vas me le donner ». 

« Non », ai-je répondu aux pâtes. « Tu n’auras rien de rien. Je ne lâcherais pas ». J’ai tout juste eu le temps de remettre le couvercle avant qu’il ne termine sa phrase : « De toute façon, on ne peut rien attendre d’un homme qui laisse consciemment un type la bite à l’air reluquer sa femme ». 

J’ai très mal dormi.

Giulia s’est réveillée cinq fois.

Carla était à une soirée.

J’ai du changer les couches moi-même.

Je suis épuisé.

Mardi 9

Le Fion m’emmerde.

Ce type me hante.

Quel sale con.

J’espère qu’il va se coincer le dos et finir en chaise roulante.

A 14h25, j’ai trompé la vigilance de mes gardes du corps. Je suis allé me tapir dans un bosquet avec une paire de jumelle. Comme à son habitude, Carla faisait la bombe dans la piscine.

Elle adore arroser les policiers.

Tout me paraissait normal.

A 14h30, Michel est sorti du garage, une pompe à vélo dans la main.

Il avait son short et son flingue à la ceinture.

C’est alors qu’il a commencé un drôle de manège. Il s’est caché sous le tilleul, a baissé son pantalon et s’est astiqué sévèrement.

Mon sang n’a fait qu’un tour.

Je suis sorti du bosquet en hurlant.

Le flic m’a aperçu et s’est enfui dans le garage.

Il a sauté sur son vélo et s’est échappé via la communale.

J’ai tout juste eu le temps d’enfiler mon casque, de chevaucher mon engin pour me lancer à sa poursuite.

Les autres garde du corps ont été pris de cours.

Ils ont cru que l’on partait pour notre balade quotidienne.

Bien obligés de me suivre, ils ont à leur tour sauté sur leurs vélos. Ils n’avaient pas l’air fin avec leurs pantalons à pince et leurs Berluti.

Michel a donné tout ce qu’il avait. Il roulait à vitesse grand V sans le moindre respect pour le code de la route.

Malgré sa jeunesse, je ne me suis pas laissé distancer.

Grâce à mon entrainement, je lui collais aux Basques.

Sur les bords des routes, des badauds m’applaudissaient.

Je les ai copieusement ignorés.

Ces cons-là m’auraient fait perdre de précieuses secondes.

C’est à Sainte-Maxime, à plus de cinquante kilomètres de la maison, que j’ai réussi à me retrouver à sa hauteur.

Je n’ai pas négocié.

Je lui ai donné un violent coup de pied dans la jambe.

Michel a perdu l’équilibre et a tapé sa roue avant dans un terre-plein. Il est tombé comme un flan. J’ai attrapé ma pompe à vélo, je lui ai sauté dessus et j’ai commencé à le frapper de toutes mes forces.

Le pauvre type ne pouvait même pas me rendre mes coups.

Ce qu’il y a de bien avec les flics de la protection rapprochée, c’est qu’ils ont l’esprit étriqué.

Il respecte le protocole.

On ne frappe pas l’ex-chef de l’Etat.

Je m’en suis donné à coeur joie.

Il ne doit sa vie qu’à l’arrivée de ses confrères.

Mais le Michel, il était plus bien frais.

Ils ont dû appeler les secours.

Je suis rentré en vélo.

Michel a été radié de la fonction publique pour masturbation pendant l’exercice de sa fonction. J’ignorais qu’une telle faute existe. L’administration française est si complexe…

Carla était fière de moi. J’ai sauvé son honneur.

Elle aime bien mon petit côté teigneux.

Du coup, elle m’a écrit une chanson : « Mon Nico, Le N aux bâtons bien droits. Le point sur le I. Le C enroulé. Le O rebondi. Tu es mon Obi Wan Kenobi. Mon beau justicier au justeaucorps. Ton coup de pédale est viril. Super héros communal. Tu es mon homme-fourmi ». Puis elle s’est mise à siffloter. On a rit.

Ma femme s’est occupée de la petite tout le reste de la journée.

J’ai parcouru de 60 kilomètres en vélo.

Ma vitesse moyenne était de 46km/h.

Au final, j’ai passé une bonne journée.

Mercredi 10

Carla sifflote sans arrêt.

Elle ne s’est pas arrêtée de la nuit.

J’ai eu du mal à fermer l’oeil.

J’ai du me lever trois fois pour la petite. Carlita était trop occupée à siffler pour s’occuper de la gamine.

Ce matin, elle m’a annoncé qu’elle allait travailler sur un nouvel album.

Elle veut reprendre les mélodies de Metallica à la guitare sèche tout en sifflant.

C’est l’idée la plus con que j’ai entendu depuis le dernier appel de Nadine.

Le cap Nègre, j’en ai ma claque.

Je n’aurai pas du laisser l’appartement de l’île de la Jatte.

Je n’ai plus de pied à terre.

Plus de boulot.

Quasiment plus d’amis politiques.

Je vais finir chômeur.

Je vis au crochet de Carla.

Bordel ! Il faut que je me refasse.

Je veux rentrer à Paris.

Il me faut une bonne excuse.

Jeudi 11

C’est décidé : je vais reprendre l’UMP.

Vendredi 12

Même à la retraite, j’ai conservé certains rituels de l’Elysée.

Notamment culinaire.

Le vendredi matin, c’est omelette aux champignons.

C’est un impératif. Il me faut mes protéines.

J’ai pris les oeufs dans le compartiment dédié. Trois au total. Mais lorsque j’ai cassé le premier, le visage de François est apparu à la place du jaune. Il m’a regardé de son air mauvais. « Si tu reviens sur Paris, je t’écraserai. On ne veut pas de toi. Je ne veux pas de toi. Je n’ai pas été ton valet pendant cinq ans pour revoir ta gueule de faux-cul plomber le parti. Je te hais sale petite raclure de chiotte merdique. Tu as la… ». Je n’ai pas attendu la fin de la phrase. J’ai vidé l’oeuf dans le saladier.

François a disparu.

Bon dieu qu’il est grossier.

J’ai hésité à casser le deuxième oeuf. Mais je ne veux pas reculer. Une omelette avec un oeuf, c’est ridicule. Et puis, je ne veux pas me laisser intimider. J’ai pris une profonde respiration. Je me suis lancé: « … gueule défaite. T’aura beau faire du vélo… ». J’ai fermé les yeux et j’ai vidé l’oeuf. Quand je les ai ouvert, François avait disparu.

J’ai regardé le saladier. La situation était abracadabrantesque. Est ce que je tombais dans la folie? Dans le doute, il me fallait un témoin. Je suis allé chercher Carla. Elle est venue dans la cuisine en sifflotant. Je lui ai demandé de se taire. J’ai pris un oeuf. Je l’ai cassé « … tu auras toujours un gros cul. Tu as un cul énorme. A côté du tiens, celui de Xavier ressemble au cul d’une danseuse. Tu devrais installer une double scelle sur ton vélo. Si tu reviens, tu vas casser le parti comme tu casses ces oeufs. Tu es un peigne… ». J’ai vidé la coquille et j’ai regardé Carla.

• Tu as vu? lui demandai-je sans perdre mon sang froid.

• Oui. Que fait François dans ton oeuf du vendredi?

J’ai haussé les épaules.

• Je n’en sais rien, répondis-je.

• Cela ne m’étonne qu’à moitié. Elle fit la moue. François a toujours su se placer.

Carla prit son air mystérieux. Celui qu’affectionne Paris-Match. Elle m’a embrassé le front. Puis elle a plongé son regard dans le miens, a levé l’index, a mis sa bouche en cul de poule et s’est mise à siffloter la Marseillaise. Une fois le premier couplet terminé, elle m’a demandé : «Peux-tu me faire une omelette à moi aussi s’il te plait mon Nicolas d’amour? J’ai une faim de loup. Quatre oeufs suffiront». Puis elle est partie faire la bombe dans la piscine.

J’ai demandé à la cuisinière de me remplacer. Je n’avais pas le coeur à revoir François.

Et puis, il a cet air si méchant.

L’omelette était excellente.

Today : pas de vélo.

J’ai des courbatures.

Je me suis endormi devant la saison 4 de l’âne Tortro.

Samedi 13

Depuis ce matin, les textos s’enchainent.

« Ne reviens pas. L’UMP est sinistré. Si tu reviens, le parti va imploser. Jean-François ».

« Reviens Nico. Je t’aime. Ta dévouée. Val Pec».

« Rapporte moi des herbes de Provence. Xavier Bertrand».

« Tu ne mangeras plus en paix. François ».

« On va mettre une grosse claque dans la gueule de ces PD du PS. NKM »

« Je serais à l’aéroport mon bon maitre. Claude G.»

« Tu nous manque, sale chômeur. Lol. 🙂 Nadine »

« Tu as vu la vidéo 5341 sur Youporn ? Celle avec le cheval? Bises. Laurent W.».

Un vrai bal des faux-culs!

J’ai rangé le téléphone dans un placard.

J’ai pris mon vélo.

Je me suis assis dessus.

Puis, je me suis dit « à quoi bon ». Je l’ai reposé.

Finalement, je suis allé faire la bombe dans la piscine.

J’ai arrosé deux policiers.

Dimanche 14

Pas envie de me lever.

Carla m’a apporté mon vélo dans la chambre.

Je l’ai regardé pendant une demi-heure avant de m’endormir, ma pompe dans la main.

Giulia a raison : c’est bon d’avoir un doudou.

Lundi 15

Le Cap Nègre, ça craint.

C’est décidé : je me casse.

A moi Paris !

Mardi 16

Giulia a de la température. Je suis coincé au cap Nègre.

Je suis obligé de m’occuper de ma fille.

Carla travaille avec Bertignac sur son nouvel album.

Je dois assurer l’éducation. C’est mon devoir de père parait-il.

J’ai demandé aux flics si ils pouvaient s’occuper de la petite pendant mon séjour à la capitale.

Ils ont refusé sous prétexte que « j’étais leur mission prioritaire ».

Je t’en foutrais moi des missions prioritaires.

De toute évidence, ils tiennent leurs ordres de l’Intérieur.

Ils veulent me tenir loin du pouvoir.

J’ai collé la mioche devant son âne déficient mental pendant que je préparais mon sac de voyage en douce.

J’ai laissé un mot aux policiers près de Giulia. « Je confie ma fille aux plus grands défenseurs de la République : Vous. Messieurs, sachez qu’au moment où vous lirez ce message, j’aurai pris la poudre d’escampette en direction de Paris. Ne cherchez pas à me rattraper. Ne soyez pas inquiet. J’ai été Président. Je connais la route vers le pouvoir. Sachez que Giulia ne mange ni du vert, ni de l’orange. Mais elle raffole des pommes de terre. Vous trouverez quelques patates à éplucher sous l’évier. Carla revient à la fin de la semaine. Merci pour votre dévouement. Votre Président ».

J’ai regardé Giulia avec remord. Elle était si fragile, si petite, si touchante dans sa petite robe bleu. Je lui ai souri. « Je t’aime Giulia », lui ai-je susurré à l’oreille, « Papa revient vite ». Elle m’a regardé avec intensité, elle a tendu sa petite main potelée vers moi. Soudain, ces mots sont sortis de sa bouche : « Fils de bâtard, minable, mange-merde ! Si tu déplaces ton gros boule jusqu’à la capitale, sale nègre, je vais te fumer ! ». Je tremblais de tout mon être. Giulia me regardait avec un air mauvais. Cet air mauvais si propre à François. « Lâche ! Lavette ! Youpin ! Salo… ». Je n’ai pas laissé le Fion finir sa phrase. J’ai attrapé la petite et je l’ai enfermé dans le placard. J’ai empoigné mon sac avant de sauter par la fenêtre des toilettes. J’ai atterri dans un bosquet. J’ai rampé vers la clôture du fond en faisant attention à ce que personne ne m’aperçoit.

C’est comme cela que j’ai quitté le cap Nègre.

Mercredi 17

J’ai fait une belle connerie. Franchement, j’en chie grave.

C’est ce qui arrive quand on prépare mal son coup…

J’ai été présomptueux.

Soyons clair : rejoindre Paris à vélo, c’est une mauvaise idée. J’ai juste eu le temps de vérifier la distance sur mon téléphone avant qu’il ne tombe en rade de batterie : encore 1000 kilomètres à parcourir avec des dénivelés atteignant 725m de hauteur. La civilisation est au bout du monde ! Arrivé à Hyères, j’étais vidé. J’ai pensé faire demi-tour, mais les flics ont dû trouver Giulia dans le placard. Si je reviens, je vais passer un sale quart d’heure. Je dois rester fort et avancer.

Jeudi 18

Je suis arrivé à Aix-en-Provence. J’ai roulé 140 kilomètres. Impossible de donner un coup de pédale de plus. J’ai les jambes en feu. J’ai mis huit heures pour trouver refuge dans cet hôtel minable. Je dois conserver mon anonymat. On ne sait jamais. De un : tous les Français ne m’adorent pas. De deux : François risque de me repérer.

Le taulier ne m’a pas reconnu. Mais je ne veux prendre aucun risque. Je n’ai pas quitté ma chambre de la soirée. Je me suis nourri de barres céréales.

C’est bon pour la ligne.

Je m’endors comme un bébé.

Nota bene : penser à faire le contrôle des pneus avant de repartir.

Vendredi 19

Le réveil a été extrêmement difficile. Mes tendons sont raides comme des cravaches. Je suis arrivé à Cavaillon. Soixante kilomètres. Deux femmes se sont approchées de moi et m’ont demandé si je n’étais pas Nicolas Sarkozy. J’ai utilisé mon subterfuge habituel pour rester incognito : j’ai parlé Italien. Grâce à Carla, j’ai deux-trois notions. Malheureusement, il s’est trouvé que ces deux femmes parlaient également italien. Je ne me suis pas dégonflé : j’ai souri et je suis remonté sur mon vélo en hurlant « Hasta la vista baby ! ». Il m’a fallu deux cent mètres pour me souvenir qu’il ne s’agissait pas d’italien mais d’espagnol. Ces deux femmes doivent me prendre pour un fou. Tant pis. Je ne les reverrai jamais. Et si c’est le cas, je démentirai.

J’ai trouvé un endroit peinard pour me reposer. J’ai appuyé le vélo sur un banc avant de m’allonger dessus. J’ai fermé les yeux quelques instants. Mais une sonnerie a retenti et m’a réveillé. Elle provenait du téléphone de la cabine téléphonique située à cinq pas d’où je me trouvais. Je n’ai pas décroché. Le téléphone a cessé son ramdam pour le reprendre aussitôt. En voyant que personne ne s’approchait de la cabine, je me suis levé pour décrocher.

La voix était étouffée, mais elle m’était familière. Une voix douce et ferme. Une voix d’homme.

• Nicolas, tu ne bois pas assez d’eau. Tu dois t’hydrater. Sinon, c’est le claquage assuré.

• Qui est à l’appareil? demandai-je.

• Tu dois boire régulièrement. Par petites gorgées.

• Merci. J’ai été Président. Je sais qu’il faut boire régulièrement. Comment savez-vous où je me trouve? Et bordel, qui êtes-vous?

Il s’ensuivit un drôle de brouhaha. Comme si deux personnes se disputaient. J’ai entendu un son de verre se briser et quelque chose de lourd tomber à terre.

• Sale petit con de merde. Tu croyais que je ne te retrouverais pas? Si tu continues à vouloir venir sur Paris, je vais te briser en mille morceaux.

• François?

• Oui, c’est François. Paris, c’est interdit pour toi gros cul. Tu rentres au bercail. Je te préviens. J’ai donné ta localisation aux flics. Ils cherchent un ex-président déshydraté vêtu d’une tenue de cycliste et de chaussures à crampon.

• Salaud.

J’avais l’esprit embrumé. J’imaginais les flics débarquer toute sirènes hurlantes à Cavaillon pour m’embarquer dans leur bagnole. Je voyais des téléphones portables me prendre en photo pour tweeter « #sarko arrêté par la police après délit de fuite #maltraitanceenfant. #adoptegiulia.com ». J’imaginais ma honte en faisant la couverture des journaux. Et surtout, j’imaginais le savon qu’allait me passer Carla. Mais bon dieu ! A quoi avais-je pensé?

J’avais signé mon déshonneur.

• Ca va être le déshonneur Nicolas. La chute de l’empereur. Ah ah ah, dit-il d’un rire sardonique.

Je ne disais mot. Mais comment faisait-il pour lire dans mes pensées?

• Je lis dans tes pensées parce que je t’ai analysé pendant cinq ans. Je sais précisément ce que tu penses au moment où tu le penses. Tu es prévisible gros cul. Si prévisible…

Je ne disais mot. Il fallait que je trouve une issue favorable. Absolument. J’allais laver cet affront, rentrer à Paris et transformer ce trou du cul à mèche grasse en charpie.

• Je n’ai pas les cheveux gras. Au contraire. Ma capillarité est exemplaire. Présidentiable ! J’ai le cheveu épais, dense et propre naturellement. Tu ne reviendras jamais du pays des morts. Il ponctua à nouveau sa phrase d’un rire plein. De ceux qui proviennent du ventre : sincère et diabolique.

J’ai raccroché.

Le téléphone a sonné à nouveau.

J’ai décroché.

• Allo? François?, demandai-je à tout hasard.

• Oui.

• Qui était au téléphone avant toi? Pourquoi y a-t-il eu ce bruit bizarre après?

• C’est l’Hortefeux. Je lui ai brisé un vase en verre sur le crâne. Il est tombé à terre. Il pisse le sang.

• Brice? Salaud! Pourquoi n’ai-je pas reconnu sa voix?

• Il parlait avec un torchon dans la bouche.

• Mais pourquoi?

• Parce que je le lui ai mis. D’ailleurs, j’ai mis des torchons dans la bouche de Nathalie, Claude et Frédéric. J’étouffe leur parole politique. Ca me permet aussi d’éviter les fuites auprès des journalistes. Quand ils téléphonent, on ne comprend rien. Pin-pon, pin-pin…

J’ai raccroché.

Décidément, ce type n’a pas la lumière à tous les étages.

Des sirènes ont retenti au coin de la rue. Mon sang n’a fait qu’un tour.

J’ai sauté sur mon vélo et j’ai pédalé de toutes mes forces pour fuir la police.

Je me sens comme un animal pris au piège.

Samedi 20

Je souffre comme jamais. Heureusement, j’ai de la volonté. J’ai roulé toute la nuit sans m’arrêter. J’ai bu régulièrement, par petites gorgées, comme me l’a conseillé mon bon Brice.

Au levé du soleil, j’étais face au portail de la maison du cap Nègre.

J’ai désactivé le code d’entré de la porte. J’ai rampé dans le jardin, puis je me suis glissé par la lucarne des toilettes qui reste toujours entrouverte. L’exercice ne fut pas simple. La fenêtre est assez haute et avec mes chaussures de vélo, je ne dispose pas de talonettes. Il a fallu que je vide un pot de fleur, que je le retourne pour atteindre la fenêtre.

Je me suis hissé par la force des bras sur le rebord. Ce fut rude. Chaque partie de mon corps était dure comme du bois. J’ai du me contorsionner comme un lombric pour me glisser dans le vasistas. En revanche, après trois jours à ne me nourrir que de barres chocolatées et à pédaler comme un fou, j’ai du perdre sept kilos. C’est l’unique avantage de mon périple.

Une fois dans la salle de bain, je me suis allongé sur le parquet. Je n’ai pas eu le courage d’affronter Carla, Giulia, ou les remontrances de ma garde rapprochée. J’ai rampé jusqu’à la baignoire, je me suis allongé dedans, je me suis endormi.

Dimanche 21

J’ai ouvert un oeil, puis je l’ai refermé.

Trop fatigué.

On a du me laver.

Je sens bon.

Lundi 22

J’ai levé légèrement une paupière.

J’ai aperçu une ombre.

J’ai refermé ma paupière.

Pas envie de parler.

Mardi 23

J’entends des voix.

Un médecin est venu m’ausculter.

Il m’a demandé si je l’entendais.

J’ai fait la sourde oreille.

Il m’a demandé d’ouvrir les yeux.

Je n’ai pas obtempéré.

Carla m’a supplié de dire un mot.

J’ai gardé le silence.

Giulia est venue me faire un bisou.

J’ai failli craquer.

Heureusement, je suis resté stoïque.

Le médecin est revenu cet après midi, il dit à Carla qu’il ne fallait pas s’inquiéter.

Mes analyses sont bonnes.

Il n’y avait rien à craindre.

J’espère que mon visage ne m’a pas trahi mon soulagement.

Je me suis endormi.

Mercredi 24

Ce matin, Carla est venue me chanter une chanson

« Dodo, l’enfant do. Le sarko se réveillera bientôt. Dodo, Sarko do. Mon président fait un gros dodo. Réveille-toi. Secoue-toi. Bouge un doigt. Rien qu’pour moi. Statue d’argile, président fragile, raconte-moi, à ton petit bégonia, tous tes petits tracas ».

Elle m’a chanté tout ce qui lui passait par la tête.

Ca a duré toute la matinée.

Puis elle s’est mise à siffler.

Je voulais l’étrangler, mais j’ai tenu bon.

Vers midi, elle s’est absentée.

De toute façon, je m’étais endormi.

On n’a pas idée de chanter des choses pareilles pour réveiller les gens. C’est exactement le contraire qui se passe.

Ceci dit, en matière de manipulation de la gente masculine, Carla est une professionnelle.

Elle a déposé de la nourriture dans la chambre : des macaronis farcis à la truffe et du chocolat. Tout ce que j’aime. Elle espère m’attraper par le ventre. L’odeur était irrésistible. J’ai du ravaler ma salive afin de ne pas baver.

Si il y a bien quelque chose qu’on apprend en politique : c’est la patience. Il faut attendre le bon moment pour porter l’estocade. J’ai patienté jusqu’à ce qu’elle sorte de la chambre. Prudemment, pour vérifier qu’il n’y avait personne, j’ai levé une paupière. La pièce était vide. J’ai bondi hors du lit et j’ai tout englouti en moins de deux avant de me rallonger.

Carla est revenue dix minutes plus tard.

De sa voix voilée, elle m’a demandé si j’allais mieux.

Je n’ai pas répondu.

J’ai retenu un rôt.

J’espère qu’elle ne l’a pas entendu et que mon haleine ne me trahit pas.

Ce soir, Carla est revenue avec une pizza faites maison.

Elle sait que je n’y résiste jamais.

Mais je n’y ai pas touché.

Je la connais Carlita.

C’est une maligne.

Elle était sûrement cachée dans la couloir.

Elle voulait me prendre le bec dans le plat.

Jeudi 25

Je déborde d’énergie.

Je me suis levé avant tout le monde.

Je suis allé à la cuisine.

J’ai dévalisé le frigo.

Je me suis mis à cuisiner.

J’ai été Président.

J’ai gouverné la cinquième puissance du monde.

Je vais affronter mes conneries.

Faire face.

Et vaincre.

Le premier à m’avoir vu debout, c’est Francis, le nouveau chef de la protection rapprochée.

• Bonjour monsieur le Président, m’a-t-il dit.

• Bonjour Francis. Comment allez-vous? dis-je de ma voix la plus affirmée.

•Parfaitement bien monsieur le Président. Puis-je vous retourner la question?

• On ne peut mieux mon cher Francis. Tout s’est bien passé pendant mon absence?

• Oui monsieur. Giulia a un gros appétit et raffole de l’âne tortro.

• Bien Francis. Très bien. Quelqu’un a-t-il eu vent de mon excursion en dehors de nous?

• Non monsieur le Président. Madame a préféré ne pas ébruiter l’affaire. Elle nous a envoyé à votre recherche. Tout est sous contrôle.

• Bien Francis. Très bien. Carla est une femme de qualité. Une femme sérieuse. Une femme rare.

• Oui monsieur.

• Voulez-vous des oeufs avec du bacon et des toasts beurrés?

• Non merci monsieur. J’ai déjà mangé.

J’ai apporté le petit déjeuner à Carla.

Je suis entré dans la chambre dans faire de bruit.

J’ai déposé le plateau sur la table de chevet.

Je me suis assis sur le lit.

Carlita est si belle quand elle dort.

Sa frange lui dissimulait le visage. Je l’ai repoussé délicatement sur son front. Puis, je l’ai embrassé sur les yeux. Voyant qu’elle ne bougeait pas. Je l’ai appelé doucement.

Aucun mouvement.

Alors, je l’ai secoué tendrement.

Aucun mouvement.

J’y suis allé plus franco.

Elle est restée impassible.

J’ai tout tenté pour la réveiller.

Elle n’a pas bronché.

Cette femme est une actrice née. Une italienne au coeur amoureux mais également revanchard.

Je savais pertinemment qu’elle ne dormait pas.

Je pouvais voir son oeil s’ouvrir imperceptiblement.

Je l’ai abandonné à son triste manège en espérant pouvoir m’expliquer dans la journée.

Mais la bougresse ne s’est pas réveillée !

Lorsque je suis remonté dans la chambre, elle avait mangé les oeufs, le bacon et les toasts.

Vendredi 26

Petit matin.

J’ai ouvert les yeux.

Carla m’observait.

Elle portait sa petite robe en dentelle blanche. Dieu qu’elle était belle! J’ai levé la tête pour la voir de plein pied. Je lui ai souri. Elle m’a giflé avant de me passer un savon du tonnerre.

J’ai eu beau lui expliquer que François se cachait dans mes oeufs, que sa joue baignait dans ma tête de veau et que Giulia m’insultait avec la voix du Fion, elle ne m’a pas cru.

Elle m’a dit que je me ramollissais.

Que je perdais la boule.

Que j’avais été un grand homme d’Etat. Un grand Président. Mais que je ne serais jamais Bernard Hinault. Et que je ressemblais de plus en à plus à ces chômeurs que j’exècre tant.

Chômeur.

Finir au pôle emploi…

Ma Hantise.

Carla a raison.

Il me faut un boulot.

Et vite !

Samedi 27

Carla a une idée.

Elle veut que j’embauche Consuelo, sa demi-soeur, comme conseillère diplomatique.

En échange, Consuelo me promet de me dénicher des affaires, des conférences. Elle me jure qu’elle va m’être d’un grand secours financièrement. Gagner 100.000 euros pour une journée de travail. L’idée m’a plu : mes allocations chômage vont augmenter en flèche.

J’ai dit « banco » !

Pour fêter cette excellente nouvelle, nous sommes allés déjeuner tous ensemble au restaurant.

J’ai commandé un steak avec des frites. Je sais. C’est une entorse à mon régime, mais il faut bien que je me remplume après mon périple à vélo. Et puis, l’idée de gagner autant d’argent en si peu de temps me rend tout guilleret !

Mon steak était excellent. Et surtout, il n’y avait pas de Fion dedans. Ni dans les frites ! J’étais si heureux que j’aurai pu danser la lambada sur la table.

Malheureusement, il y a eu le dessert. Il a suffit que je plonge ma cuillère dans mes profiteroles pour que François apparaisse. Il avait perdu son air mauvais pour un rictus que je savais être son sourire le plus franc. « Sale petit con », me dit-il, « va faire de la thune. Tu l’as bien mérité. Casse-toi loin. Le plus loin possible ! Va voir les Philippins ! Pars arnaquer les Arabes. File au Pérou ! Balai à chiotte. Je suis bien content que tu abandonnes la politique pour le monde merveilleux des affaires ».

Carla, intriguée par le bruit qui s’échappait de mon assiette, regarda mes profiteroles. « Oh ! Bonjour François ! Que fais-tu la dedans? C’est petit. Tu n’es pas un peu étriqué? »

• Non, répondit-il. Je vous laisse, je dois relier Le Mans à Condé sur Sarthe en vélo. Je dois changer ma chambre à air. Bonne journée ».

Carla s’est penchée sur mon oreille et m’a susurrée : « Tu sais mon Nico, il m’est arrivé exactement la même chose avec Mick Jagger. A chaque fois que je prenais ma guitare, sa tête sortait de la caisse de raisonnance ».

Carla, Giulia et moi avons passé le reste de la journée à regarder la saison 6 de l’âne trotro.

Dimanche 28

Quelle efficacité ! Consuelo m’a dégoté une conférence à animer au Qatar ! Je vais me faire autour de 120.000 euros pour une journée de boulot. C’est à priori mon salaire de base. Un SMIC de Président en quelque sorte.

Multiplié par cent.

Lundi 29

Youpi ! J’ai quitté le cap Nègre !

Je suis dans l’avion.

J’aime beaucoup le Qatar.

Du temps de ma présidence, je leur ai vendu un club de foot et plein d’autres trucs inutiles comme nos banlieues.

Ils sont un peu cons ces Qataris. Mais bon. Je suis philosophe. Disons que je vis cela comme un retour sur investissement. Je leur vends nos cités, ils me rémunèrent. Consuelo a eu du pif en les démarchant.

Elle est maligne.

Mardi 30

Mais quel connard ! Je n’ai jamais vu un connard pareil ! Pourtant, j’ai été servi en connard. Du connard politicard, du connard du coin de rue, du connard de syndicaliste.

De toute façon, tu te prends un connard, dès que tu vas à la boulangerie. La plupart du temps, on essaie de les éviter mais moi je les ai tous rassemblé en espérant les neutraliser. J’en avais plein mon gouvernement du connard.

Jusqu’à présent, la reine des connes, c’était Nadine.

Mais Jean-François ! Mon bon Jean-François. Mon brave Jean-François… Je le croyais nuisible, mais pas au point de déloger Nadine !

Ce matin, je sors de la douche. Je mets mon plus beau costume.

Je monte dans la limousine pour me rendre à mon nouveau boulot. Et là : coup de téléphone. D’habitude, j’ignore les appels de Copé. Mais là, j’étais au pays du chameau, j’avais le coeur en fête, j’ai décroché.

La boulette…

Le mec, il me raconte que des journalistes ont sorti une enquête sur l’affaire Bygmalion.

Bon sang… Bygmalion… Ca, ça va faire un scandale planétaire.

C’est vrai qu’on avait des problèmes d’argent pendant la campagne présidentielle de 2012. On a fait comme on a pu. Notamment, avec de fausses factures. C’est facile à faire. Et puis, la compta, c’est le truc de Jean-François. Quand on a la gueule d’un comptable, on sait forcément manier les chiffres. Il n’empêche qu’il a réussi à faire passer dix-huit millions sans que le fisc ne se doute de rien. Ni le Conseil constitutionnel.

Forcément, l’histoire m’a crispé.

Ca va me retomber dans la gueule.

Tu vas voir que Hollande, il va faire en sorte que je rembourse.

Je commence un nouveau boulot, et je sais que c’est déjà pour rembourser ma dette.

Je bosse à crédit.

Merde…

Avec la Libye, les sondages, le « Hazakhgate », Karachi et Tapis, j’étais déjà bien occupé.

J’ai trop d’affaire au cul.

Il va falloir que je me relance en politique.

François ne va pas être content…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s