Allô, le 17?

Il n’y avait aucune raison pour que Samuel B. ne continue pas sa vie tranquille et ne meure pas d’une quelconque maladie naturelle. Il était désigné par la Nature pour vivre une vie sans incident, pour avoir un enterrement peu coûteux, mais convenable, et une tombe modeste. Tout cela se voyait en observant ses occupations insignifiantes, le peu d’envergure de ses rêves, son manque d’ambition et d’imagination. En un mot, c’était le même citoyen moyen que Ana R.  aux dires de ceux qui ont observé cette dernière. Et précisément, Samuel B. fut choisi par le destin pour une fin extravagante et imprévisible parmi des centaines d’hommes. Aussi étrange que celui paraisse, ce fut une attention romantique qui attira sur lui une vengeance à laquelle il ne se serait jamais attendu.
Si Samuel avait connu l’angoisse parce que son âme était vile et son coeur sans pitié, cela aurait été différent, mais quelle ironie quand les Furies d’acharnent sur un homme qui n’a pas d’autre tort que celui d’avoir eu un accident allergène dans son enfance !

Samuel nettoyait méthodiquement les restes de chairs sur des ailes de poulet grillés quand il sentit son estomac se soulever.

– Tu m’as l’air un tantinet verdâtres, mon élan, fait suavement remarqué Ana.

– Je ne me suis jamais senti mieux, dégueule Samuel. Excuse-moi j’ai tout salopé, renchérit-il.

– Pourquoi ne dis-tu pas les choses plus simplement au lieu de les gerber? Ricane Ana.

Un enfant du quartier, un garçonnet d’une dizaine d’année, eut un mouvement de recule avant de se prosterner aux pieds de l’adulte en tirant sur son pantalon : « Oh! Samuel! S’il te plait, est ce que je pourrai te brosser les dents? Dis, s’il te plait ! »

– Va donc te faire foutre, petit con, répond Samuel, comme le veut la tradition, en lui filant un coup sur la tempe avec sa batte de cricket.

– Merci Samuel », sanglote-t-il, comme le veut la tradition, en tombant au sol.

– Il a du cran ce petit merdeux, dit Ana. Il devrait aller loin.

Quelques secondes plus tard, ils sont dehors. C’est une duce soirée d’été, la lune luit Les odeurs de saule-églantier arborescent, des souches parfumées et de la merde de chien s’entremettent pour trouver le chemin de leurs cloisons nasales. Tout est calme et paisible.

Dans un élan de romantisme, Samuel attrapa une pivoine s’échappant du jardin voisin. Il la cueillit avec délicatesse. D’un geste maitrisée, il la tendit à sa douce et lance :

– C’est quoi ça? dit Samuel en éternuant

– Une pivoine dit l’ancienne botaniste.

– Quelle saleté, dit-il en tendant la fleur à sa belle

– Deux policiers surgissent d’un buisson.

– Alors, c’est quoi ça !

– Une pivoine, répète Ana.

– Tiens, tiens, alors vous reconnaissez les faits !

– Si je reconnais les faits ! Mais voyons monsieur l’agent…

– N’essayez pas de m’avoir avec la flatterie, vous ne vous en tirerez pas comme ça.

– Nous tirer de quoi? demande la jeune fille d’un ton flirtant avec l’exaspération.

– Du calme, dit le plus gros des deux. Ce buisson, il appartient à l’un d’entre vous?

– Non.

– Il appartient à un de vos parents ou amis?

– Non.

– Dans ce cas c’est le bien d’Autrui. Avez-vous demandé la permission d’Autrui? ajoute-t-il en montrant la maison à laquelle appartient le buisson.

– Non.

– Et bien mon gars, c’est du vol, c’est-à-dire un délit passible de trente ans de détention au maximum.

An arrière plan, une vieille femme se fait chahuter par l’enfant du quartier tenant une batte de cricket. Ana tente d’attirer l’attention des policiers sur ces faits, mais les deux poulets sont trop contents d’avoir serré une aussi belle affaire en aussi peu de temps. Samuel est prit d’une quinte de toux.

– Qu’est ce que vous racontez ! Un Délit ! Il a cueilli une fleur, voilà tout, défendit Ana.

– Volé une fleur!

– Bon, d’accord, on va la rendre, dit Samuel les yeux plein de larmes

– Impossible mon gars, elle est détachée.

– Comment ça « détachée ».

– Dites voir, vous aviez l’intention de la remettre à la sa place?

– Euh, oui. Bien sur.

– Tiens, tiens. Et comment comptiez-vous faire monsieur?

– Il me semble que euh…

– Du papier collant? Un clou? Quelque boulons habilement placés? Vous n’auriez pas pu n’est-ce pas?

– Atchoum ! Ben, non. Je ne pense pas.

– Evidemment, si vous aviez pris le buisson en entier, en arrachant racines en entier, nous n’aurions jamais pu prouver que nous n’aviez pas l’intention de le remettre ».

A quelques rues de là, des femmes se font violer. On assassine un président.

– Ecoutez, je vais racheter un buisson tout neuf.

– Oui, mais ça ne sera plus le même buisson pas vrai?

Le policier range son calepin et pose sa main sur son arme. Samuel reprend.

« Ecoutez, je vais de ce pas demander au propriétaire si il voit un inconvénient à ce que je prenne cette pivoine. Si il dit oui, je lui proposerai des dommages et intérêts. Cela doit lui être bien égal. Et de toute façon, son buisson obstrue la chaussée.

– N’essayez pas de jouer au petit malin avec nous mon gars…

– Dites donc, à deux pas d’ici, on tue, on cambriole, on viole, on assassine, on enterre et on brûle. Vous n’avez pas mieux à faire? demande Ana furieuse.

– Oh ! Oh ! On a à faire à une forte tête !

Le second policier saisit son talkie-walky.

– On a une cueillette de pivoine intempestive dans le 12e. Code 44. Envoyez du renfort.

– Vous avez tout gagner, vous allez être entendu.

– C’est souvent très moche d’être entendu…, appuie le second.

– Oh ! Là-bas ! Un vol de géranium, hurla Ana.

La jeune femme prit la main de Samuel. Ils déguerpirent sans demander leur reste. Le policier attrapa son arme. Il visa juste et abattit le couple d’une balle dans la tête.

Journal du lendemain.
Braquage en plein Paris : Deux morts. 

La nouvelle brigade des jardins et forêts de la ville de Paris ont une fois de plus réussi à démanteler un important réseau de voleurs d’arbustes. Au prix d’une filature sur plusieurs jours, les deux agents assermentés ont saisi sur le fait un couple spécialisé dans l’arrachage de pivoine à des fins fleuristes. Suite à une altercation, les forces de l’ordre ont maitrisé les délinquants. 

« Nous n’avons fait que notre devoir. Si l’on veut protéger les jardins et parcs publics de la ville, il faut s’attendre au pire ».
Les deux héros seront reçus à la mairie de Paris où la mairesse devrait les décorer des armes de la ville. 

« Nous irons plus loin, assure Anne Hidalgo. Bientôt, nos agents disposeront d’arme de guerre car qui vole une fleur, vole l’humanité ». 

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