Journal intime d’un hypocondriaque de bureau

Toutes les entreprises souffrent d’un collègue fort en gueule de plaignant de maladies imaginaires en permanence. Nous avons pu dénicher le journal intime de l’un d’entre eux. L’homme travaille en banque et bénéficie, selon lui-même, d’un « savoir-faire » certain dans sa profession.

Jour 1

J’ai la chiasse.

Jour 2 

Bordel. J’ai encore la chiasse. Ça ne me dérange pas quand je suis chez moi. Ma femme a le même souci. Mais je n’aime pas chier au bureau.

Jour 3

J’ai encore la chiasse!!

Et en plus je vomis.

Enfin…

Je ne vomissais pas jusqu’à ce que j’arrive au travail.

L’envie m’a pris après mon 7ème café matinal et mon demi paquet de cigarette fumé.

Je ne sais pas d’où ça vient…

H. m’a demandé comment ça allait au moment même où j’ouvrais la porte des WC pour sortir.

Il s’est pince le nez, m’a sourit avant de me balancer « Pas la peine de répondre, je file au -1 ».

Je suis gêné….

D’autant que j’ai du mal à tenir ma libido.

C’est pareil à chaque fois que je vomis.

Jour 4 

La journée a commencé sous les meilleurs auspices!

Ce matin, ma merde était rondelette et en boulette semi-rigide.

Ca fait du bien de se sentir humain!

J’ai le sentiment d’avoir perdu 5 kilos.

Malheureusement, mon miroir ne semble pas agréer cette théorie.

Tout s’est emballé quand je suis descendu prendre ma moto.

Un homme en feu s’est jeté sur moi, brûlant mon manteau et ma selle.

Je me suis débattu, mais le mec est parti en courant au bout de la rue avant de tourner boulevard Jaurès.

Quand je suis arrivé au boulot, j’ai raconté mon histoire aux membres de l’équipe à l’heure du café. C’est bien ces échanges matinaux, ça permet de se rapprocher de ses collègues.

Ca crée du lien.

Au début, personne ne m’a cru.

Heureusement que j’avais la main brûlée.

Ils ont ravalé leurs rires.

Je sens de l’empathie dans leurs yeux.

Cette boite est merveilleuse.

Jour 5

Je suis arrivé en retard ce matin parce qu’un petit malin m’a volé mes quatre roues. J’ai cru voir un homme en feu partir avec mes jantes.

Mais j’en suis pas sur…

J’ai la gueule de bois car hier j’ai un peu trop bu.

Je suis tellement contrarié que j’ai vomi.

Du coup, je me suis mis à bander.

Il faudrait que j’en parle à un médecin.

C’est anormal ce lien de cause à effet.

D’autant que si j’arrive à contenir mes pulsions.

Deux jours d’affilés, c’est trop.

J’ai appelé H. pour lui dire que je serai en retard pour le point matinal.

Il a dit qu’il comprenait.

Il est cool H.

J’ai passé ma matinée à contacter l’assureur pour lui expliquer mon cas.

Il ne veut pas me rembourser.

Je suis furieux !

Tu paies une assurance 1000 euros par an et les mecs ne sont mêmes pas capable de te rendre service quand tu en as besoin !

J’en ai parlé à W., mais il faisait comme si il ne me voyait tout en baillant.

De fil en aiguille, j’ai envoyé le mémo pour l’équipe du lendemain un peu en retard, vers 23h30, après cinq correctifs.

Je suis épuisé.

Jour 6

J’ai cru que j’avais la chiasse mais c’était une fausse alerte.

Ma fille ne m’a pas laissé dormir de la nuit.

Et quand ce n’est pas elle, c’est mon fils qui me réveille.

Faites des enfants qu’il disait l’autre.

Je suis épuisé.

Ma femme est pharmacienne, mais elle refuse de leur donner des médicaments.

Alors forcément : ça dur.

J’ai pris la moto pour aller travailler.

Enfin… « J’ai pris »…

Disons plutôt que j’ai essayé de prendre.

J’ai voulu mettre la clef dans le neiman sauf qu’il n’y avait plus de neiman.

Quelqu’un me l’a tiré pendant la nuit.

L’enculé !!!

J’ai du prendre le métro et du coup, je suis arrivé avec une heure de retard au point du matin.

Quand je suis arrivé, les autres ont bien vu que je faisais grise mine.

Sur le coup, personne ne m’a rien demandé.

Ils étaient tous pressé de partir en clientèle.

Heureusement que j’ai croisé M. et J. à la cafet pour leur raconter.

Ils n’en sont pas revenus.

J’ai appelé l’assureur pour lui parler de mon neiman manquant.

Il va me rembourser 50% de sa valeur.

C’est déjà ça.

Parce que pour les pneus, il m’a dit que je n’étais pas assez couvert.

Incroyable….

Heureusement que j’ai le travail pour me concentrer sur autre chose.

J’ai passé ma journée à valider des relations clients plus passionnantes les unes que les autres.

J’ai du faire le point du lendemain mais avec tout ça, je n’ai pu l’envoyer que vers minuit, après dix-huit correctifs.

J’ai pas toute ma tête.

Jour 7

La journée de merde !!!!!!

Mais alors là, franchement, la gigne !

J’ai la chiasse.

Jour 8

Je n’ai pas dormi de la nuit.

Au bureau, je crois que ça ne se passe pas aussi bien que ça.

J’ai beau parler de mes soucis, j’ai l’impression qu’ils s’en foutent.

Tous des « sans-coeur ».

Ca m’embête un peu.

Mais bon : entre leur avis et le miens, je préfère le mien.

Qu’ils aillent se faire foutres ces branleurs.

Ils ne savent rien faire de toute façon.

Et mes enfants sont malades.

C’est cons les mioches.

Je suis gros.

Je m’en suis rendu compte ce matin, alors je suis parti au taf en vélo histoire de bouger.

J’ai cherché un vélib dans ma rue, mais, un homme en feu s’est jeté sur moi.

On s’est battu deux minutes avant qu’il ne parte en gueulant au coin de la rue.

J’ai tenté de le rattraper, mais je suis décidément trop gros.

C’est bizarre tout de même cette affaire…

Y a beaucoup de mec en flamme dans ma rue.

Et puis j’ai l’impression que c’est toujours le même gars.

Je pense aller déposer plainte.

En attendant, je suis arrivé à l’heure au travail.

J’ai raconté mon histoire au café du matin, mais j’ai vomi sur D.

Du coup j’ai eu la gaule.

C’était pas facile à cacher parce que la moitié de mon fute était brûlé à cause de l’autre con.

N. m’a posé une question sur un client car elle hésitait. « Non mais tu crois qu’il faut investir sur le Franc CFA en afrique? Y a un rapport qui tombe. Rho… Je sais pas quoi faire… »

Je l’aime bien N.

Elle est canon.

Et puis, prendre des décisions à sa place, ça me donne un peu d’assurance.

Je lui ai dit qu’il fallait en acheter des masses, car nos fonds de pension sont « des fours qu’on doit bourrer ».

Malheureusement, elle a aperçu ma guaule au moment même où j’affirmais ma position…

La journée s’est mieux terminée. J’ai regardé le grand prix du Qatar en redif, valider des points CAC40, donné mon avis 30 fois (sujets, immobilier, couleur de jean, gouts de bonbons…).

J’ai vomi à 16h03.

Je trouve qu’E. est très excitante.

Jour 9

Je suis allé dépose plainte contre le gars en feu.

Les flics étaient stupéfaits.

A priori, je suis le seul à qui ça arrive.

J’ai l’impression qu’ils m’ont pris pour un con.

Pourtant. Si ils savaient…

J’ai fait un test de QI avec ma femme hier soir.

J’ai un peu triché, mais je l’ai battu à plate couture cette conne !

154 que j’ai !

Au taf, rien de plus.

J’ai maté la redif d’un Jessica Fletcher en buvant des cafés tout en faisant une invit pour manger avec A.

Je lui péterai bien le cul à celle là.

Elle a l’air cocaïnomane comme moi dans ma jeunesse.

Je lui ai fait le grand jeu ! J’ai étalé mes analyses sur le monde entre l’entrée et le plat de résistance. Puis je lui ai demandé si elle voulait que je lui présente un fiscaliste spécialisé dans l’apiculture.

Je l’ai pas senti emballé.

De toute évidence, c’est une puritaine.

Au dessert, ma mère m’a appelé pour m’annoncé qu’elle avait un cancer.

Je l’ai aussitôt dit à A.

Je sentais bien qu’elle avait envie de partir, mais comme j’avais commandé un café, elle a du attendre.

Puis, au moment de payer l’addition, ma soeur m’a appelé pour m’annoncer qu’elle avait un cancer. Je l’ai dit à A. en espérant qu’elle pourrait me sucer pour me consoler parce qu’avec bobonne c’est pas youporn tous les soirs.

A. m’a regardé dans les yeux puis m’a sorti : « il faut que j’aille finir mon dossier d’investissements sur des mecs en slips qui écrasent des grappes de raisin avec leur cul ».

J’ai même pas eu le temps de lui demander si elle voulait que je lui raconte comment ça se passe la gestion d’un banque locale. C’est vrai quoi. C’est moi qui ai inventé le conseiller-guichetier-portier-assureur.

Un poste en devenir.

Bref.

Demain, j’essaie avec E.

J’ai fini ma soirée proposant un verre à un pote.

Il ne m’a jamais répondu.

Jour 10

Un type en flamme m’a foncé dessus dans la rue.

J’allais cherché une baguette de pain.

Il ma giflé et est parti en courant.

Jour 11

Au moment où j’ai mis ma clef dans la boite au lettre pour retirer mon nouveau blouson commandé sur motoblouz (trop petit pour moi), un type en feu m’a écrasé une batte de base ball sur la gueule avant de partir en courant.

Jour 12

J’ai peur de sortir de chez moi.

J’ai appelé H. qui n’était pas là.

Alors j’ai appelé G. pour lui dire que mes enfants étaient malades.

G. m’a dit qu’elle comprenait mais qu’elle ne savait pas quand H. reviendrait.

J’ai rappelé plus tard.

D. m’a dit qu’il dirait à H. que je ne viendrais pas.

Vers 14h H. m’a appelé pour me demandé où j’étais.

J’ai dit à H. que G. ne savait pas où il était mais que D. devait lui faire la commission. Mais il ne l’a pas faites.

Vers 17h, je me suis senti mieux.

J’ai pris mon courage à deux mains pour aller chercher mes gamins à l’école.

J’aurai du faire attention.

Dès que j’ai ouvert la porte, un mec en feu m’a sauté dessus et m’a défoncé le cul avec un poireau avant de se barrer.

J’ai bien vu ses yeux : c’est le même gars.

Je crois que je le connais.

Au diner, on a mangé des poireaux sauce vinaigrette.

J’y ai pris beaucoup de plaisir.

Jour 13

Aujourd’hui on a une réunion de service.

J’aime bien ces moments où l’on peut discuter de l’avenir à bâton rompu.

Ca exorcise les mal-êtres.

J’ai fait deux trois allusions bien sentis sur des gens qui ne rangeaient pas leur cartes de visites sur leur bureau. J’ai apporté mon savoir-faire dans la distribution de matériel. J’ai parlé CAC40.

Vers 18h, on est tous sortis rincés de la réunion, alors D. a fait un pot.

J’aime pas trop les pots qu’il paie.

Alors je bois ce qu’il achète, mais je ne lui parle pas.

J’ai vomi rapidement avant de croiser E. dans un bureau.

Je lui ai dit qu’elle était belle comme le jour et que si j’étais un ours et elle un pot de miel, je la lècherai du matin au soir. Puis j’ai tenté de l’embrasser à pleine bouche.

Elle m’a donné un coup dans les couilles avant de partir en courant.

J’ai eu du mal à me redresser.

Quand la douleur s’est enfin dissipée, j’ai pu me redresser.

C’est là que le type en feu m’a foutu un concombre dans le cul sans que je ne m’y attende.

C’est la première fois que je le croise dans un bâtiment.

J’ai peur.

Jour 14

Ma mère et ma soeur ont un cancer. Ma femme ne va pas très bien. Mes enfants ont la gastro. J’ai du amputer la queue de mon chat car il s’était fait mordre par un rat.

Mon assureur ne veut pas me rembourser.

Je suis myope.

Je suis gros.

Un type en feu m’en veut personnellement.

Et je crois que c’est D.

Mais pourquoi en feu???

Et…

Et si D. était un super héros?

Non, non….

Impossible…

Ce type ne peut pas se mettre le feu juste pour me faire chier !!

Il en serait capable…

Merde maintenant j’en suis sur.

C’est lui.

Jour 15

J’ai parlé à G. de ma théorie. Elle a soulevé les épaules en disant qu’elle n’y croyait pas mais que c’était possible.

Dans le doute, j’ai dit à D. d’arrêter de me frapper.

Il a fait comme si je n’étais pas là.

Mais il m’a insulté tout bas toute la journée.

Tout bas.

Du coup, je suis allé le dire à H. mais il y avait E. dans le bureau.

Putain, j’étais mal.

J’ai donc décidé d’en parler à B.

Mais quand il m’a vu, il est parti faure un virement client urgent.

J’ai demandé conseil à A. mais elle aussi partait faire un virement client urgent.

C. m’a dit que je la dérangeais car elle faisait un virement client urgent.

Du coup, j’ai du me résigner d’aller voir F. Il est con, mais c’est un type brillant. Il aurait surement pu m’aider car en plus d’être beau comme Apollon, il a le cerveau d’Einstein.

Malheureusement, il avait un virement client urgent à faire.

J’étais dans la merde.

J’avais besoin d’une bière.

Je suis descendu dans le bar du coin de la rue et là, j’ai vu A.B.C. D. en enfilade en train de rigoler tous ensemble dans le bar.

J’ai fait comme si je ne les avais pas vu.

Je suis allé à la cantine.

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