Chapitre 03 – LE CHEMIN / GRANDIR AVEC L’ÉCRITURE

Exercice : Essayez de développer votre empathie : allez dans un café, concentrez-vous sur une personne et essayez de voir le monde à travers elle, changez de point de vue. Complétez cet exercice d’empathie par un exercice d’imagination : que se passe-t-il quand cette personne rentre chez elle, avec qui vit-elle ou ne vit-elle pas ? Comment est son appartement ? Complétez la connaissance empathique par une tentative de connaissance par l’imagination. Enfin, présentez un personnage que vous détestez et essayez de pratiquer de l’empathie sur ce personnage.

Présentation du personnage

Landry, car c’est bien de lui dont il s’agit, possède deux yeux noisette d’une lueur incandescente. Mais on s’en indiffère tant ses deux fesses, dont l’une n’aurait suffi qu’à faire un cul, défièrent les lois de la pesanteur humaine. Ce cul repose sur un tronc voguant au gré de ses prises et pertes de poids intempestives. Sous ce tronc, deux pylônes solides et inconcevables tant son cul obstrue la vue. Le gras de son ventre se balance au rythme de ses pauvres mille pas quotidiens dont la majeure partie s’exécute dans l’entreprise où il excelle dans l’art de brasser du vent. À défaut d’être mince, on l’espère poli. Mais l’âme de Landry est si pauvre que son cul est riche. 

Landry

J’aime le journalisme, parce qu’il m’a soulagé de mes problèmes. Il m’a donné à penser, à fanfaronner, à imposer, à jouer, à copier-coller, à croire, à faire croire, à intriguer. 

Avec l’âge, j’ai acquis une certitude : mon avis vaut parole d’évangile. 

Ma vocation m’a donné un statut, celui d’un homme ancré dans son temps, connecté, efficace, ordonné. 

Une condition éloignée de mes origines terriennes. 

Car je viens de loin. 

Mon père avait rythmé ses journées en fonction des aides d’État, de la météo, et des herbicides. Il vivait dans la patience et le labeur. Ses profits étaient décalés dans le temps, saupoudrés d’incertitudes. Ses mots rares. 

Ma mère avait préféré ma jeune sœur, Vasilka. La petite était née autiste. Maman, professeure d’histoire, a abandonné son poste pour se consacrer à l’instruction de la fillette. 

A la mort de mes parents, j’ai hérité de la frangine. 

Je l’ai confié à un centre spécialisé. 

Je ne suis jamais retourné la voir. 

Un jour, un ami m’a prêté un livre intitulé « Bel-Ami » de Maupassant. Je me suis totalement retrouvé dans son héros, Gil Blas. 

Lui aussi rêvait d’élévation sociale, de reconnaissance, de pouvoir et de femmes faciles.

Lui aussi a tout mis en œuvre pour atteindre son Graal. 

Pour y arriver, j’ai pris le contre-pied familial. 

J’ai renié ma maigre éducation parentale. 

J’ai rejeté la sédentarité pour le nomadisme, la patience pour l’immédiateté, l’histoire pour contemporanéité, la persévérance pour la brusquerie. 

Je voulais voyager, raconter le monde et surtout que le monde m’écoute. 

Pour cela, j’ai dû apprendre à communiquer.
C’est formidable la parole, car on peut la contorsionner. 

Les mauvaises langues me traitent de mystificateur, d’illusionniste ou de bonimenteur. 

Ce qui compte, ce n’est pas le moyen, mais le but.

Il a d’abord fallu que je crée ma légende. 

Le 11 septembre 2001 a été une bénédiction. 

On m’a demandé de rejoindre l’Afghanistan. 

Je ne suis jamais allé à Kaboul. J’ai campé à la frontière Tadjik pendant trois semaines avec des pèquenauds de locaux. Je n’ai jamais mis les pieds au pays de Ben Laden. Fort heureusement. Ça craignait drôlement de l’autre côté du poste-frontière. Les balles, les Mohammed et les bivouacs ne sont pas pour moi. 

Quand je suis rentré, j’ai eu le temps de réfléchir.

Au début, j’y suis allé mollo sur les mensonges. 

Mais 2001, c’était il y a 19 ans !

J’ai affiné ma légende. 

L’autre jour, il y avait  Mathilde au bureau. 

20 ans, brune, une bouche pulpeuse et un petit cul ferme à faire bander n’importe quel eunuque. 

Je lui ai sorti le grand jeu : la prise de Kaboul, Massoud, le sifflement des balles, les hurlements des enfants, l’odeur des cadavres calcinés. 

Ma lèvre supérieure tremblait. La larme pointait.

« Certains fantômes me hantent encore Mathilde ».

Pour me réconforter, la gamine m’a touché le bras. 

Les jeunes ont la compassion facile. Les femmes se troublent toujours quand je mets mon masque de gros dur au cœur tendre. 

Elles sont le sentiment de percer une carapace. 

De frôler l’indicible. 

Une part d’âme. 

J’aime notre monde. 

Notre société ne s’intéresse plus au savoir ou à l’intelligence, mais à l’émotionnel. 

Jamais personne n’ira vérifier mon concentré de balivernes. C’est improuvable. 

Et puis merde : qu’y a-t-il à améliorer sa légende personnelle ?

Si je ne bricolais pas un peu, le gamin des champs n’aurait jamais envouté le directeur des villes. 

Je ne serais jamais devenu rédacteur en chef. 

J’ai acquis un certain nombre de certitudes. 

La première d’entre-elle, c’est que j’ai toujours raison.
La seconde, c’est que le pouvoir est intimement lié à la séduction. 

Un « non » était un « oui » latent. 

Mathilde finira dans mon lit. 

Pour elle, ça serait une opportunité. Une occasion unique. 

Professionnellement, elle ne vaut rien. 

Jamais elle ne fera carrière ici. 

Et j’ai une pile de stagiaires à tester.

Exercice 5 : trouver le sujet – https://journalaboutnothing.com/2020/04/11/chapitre-05-trouver-le-sujet/

Exercice 4 : Ecrire un livre ou devenir écrivain – https://journalaboutnothing.com/2020/04/10/chapitre-04-ecrire-un-livre-ou-devenir-ecrivain/

Exercice 3 : Grandir avec l’écriture – https://journalaboutnothing.com/2020/04/05/chapitre-03-le-chemin-grandir-avec-lecriture/

Exercice 2 : La flamme, le carburant – https://journalaboutnothing.com/2020/04/03/ecrire/

8 commentaires

  1. Ahahah
    Je suis débordé.
    Je bosse encore!
    Mais je devrais avoir plus de temps ce we. J’ai tellement de retard sur ce journal que je ne sais pas si je ne dois pas sauter des jours. Il y a pourtant tant de bêtises à raconter…

    Aimé par 1 personne

  2. Bah disons que le premier paragraphe est totalement gratuit….
    Mais pour la suite, de mettre à la place d’une personne que l’on déteste, ce n’est pas chose agreable. J’avais hésité avec un pedophile, un politique ou un voisin. Finalement, rien de mieux que le monde professionnel 🙂

    Aimé par 1 personne

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