Chapitre 04 – ÉCRIRE UN LIVRE OU DEVENIR ÉCRIVAIN

Exercice : Prenez une recette de cuisine et faites en sorte que sous votre plume cette recette de cuisine devienne un texte d’écrivain.

Le Ragoût


En Chine, dans une marmite. 

Deux tomates mijotent à feu doux dans un fond d’huile. 

Tomate 1 (traumatisé) : Si j’avais su…

Tomate 2 (fâchée) : J’aurais dû pourrir plus vite… 

Tomate 1 : Tu as vu comme on m’a arraché le pédoncule ? Sans vergogne ! À sec ! Sans remords !

Tomate 2 observant son propre corps : J’ai le placenta qui fond. Et je ne te parle pas du mésocarpe ! 

Tomate 1 (levant les yeux au ciel) : Ma mère m’a toujours prise pour quiche et je vais finir en soupe. Quelle désillusion !

Le couvercle de la marmite se soulève. Une main passe dans ce ciel éblouissant. 

Tomates en cœur : Dieu ! C’est Dieu ! Nous allons subir son courroux !

La main lâche quelque chose qui tombe sur les tomates. 

Puis, elle referme le couvercle. 

Oignon surpris : Bordel de queue de brie de poule. Qu’est-ce que je fais ici ? 

Tomate 1 : Tu brûles en enfer.

Tomate 2 dubitative : L’enfer, l’enfer… Pas certaine. Kant disait que la main est la fenêtre ouverte de l’esprit. Personnellement, je dirais que la main exploite la tomate et que parfois, c’est le contraire. 

Oignon regardant tomate 2 : Cela ne veut rien dire. Je veux sortir d’ici !

Tomate 1 : On a tout essayé. Mais les parois sont glissantes et on fond à vu d’œil. On se demande ce que la Main concocte.

Oignon : C’est simple. On nous transforme en sauce ! Je n’ai pas envie de « revenir ». (se frottant la tête). Ce n’est pas possible, c’est un cauchemar…

Tomate 2 (marchant sur l’huile et le début de sauce) : Et hop ! Je suis Jésus !

Tomate 1 furibonde : Si tu étais Jésus, tu soulèverais ce couvercle.

Gros sel à Tomate 2 : Arrête de me marcher sur la tête ! 

Tomate 1 : Il faut qu’on se sorte de se guet-apens. 

Tomate 2 faisant des roulades : Il faut relativiser. Qu’est-ce que l’inconfort d’un assaisonnement comparé à un voyage en vacances avec toute sa grappe ? La mienne était pleine de beaux parleurs et de pucerons. 

Tomate 1 : J’ai envie de pleurer. 

L’Oignon : Désolé, je fais toujours cet effet-là. 

Tomate 2 à voix basse, se concentrant sur le couvercle : Ouvre-toi. Allez, ouvre-toi !

Le couvercle d’ouvre. 

Tomate 2 (ébahie) : Ça marche !

La main apparait et jette deux branches de Thym. 

Tomate 1, Oignon et gros sel : Mon Dieu ! Qu’est ce que c’est que ça encore ? 

Le Thym sautille dans la casserole : La vie est épatante ! Tout est sensationnel ! Il y a des lampions partout ! J’adore cette casserole ! 

Tomate 1 au Thym : Tu es qui toi ? 

Thym : L’assaisonnement ! Je vais t’aromatiser. 

Le Thym sort un petit pistolet à bulle et asperge tomate 1. 

Tomate 1 : Mes yeux, mes yeux ! 

Tomate 2 offrant son corps au Thym : « Prenez, mangez, ceci est mon corps ».

Le Thym l’asperge. 

Le Thym : Mon boulot est chouette à l’infini !

L’Oignon : Le travail est une forme de nervosité. Pose-toi donc. Raconte-nous : qu’est-ce qui se trame dehors ? 

Le Thym : Je ne sais pas, une main m’a attrapé dans le jardin. Puis, je me suis retrouvé ici. 

L’Oignon : D’où viens-tu ? 

Le Thym : Je fais partie de la famille des Thymus vulgaris. Disons que je viens d’ici et d’ailleurs. Je n’ai jamais tenté de trouver de sens à ma vie, moral ou esthétique. Le non-sens parait plus proche de la réalité. Dans ma famille, on se contente de parfumer l’air ambiant, les plats, l’air en général. Il faut bien infuser pour essayer au maximum de s’offrir le luxe du vertige. 

Tomate 2 et l’Oignon ont fondu dans la sauce. Tomate 1 résiste encore un peu. 

Tomate 1 : Le paraitre au lieu de l’être. Ça ne m’étonne pas. Moi, je suis dans le concret. Je suis bourré de vitamine C, E, de magnésium et de potassium. Tu ne peux pas en dire autant. 

Le Thym les larmes aux yeux : Je suis antifongique !

L’Oignon au Thym : Désolé, je fais toujours cet effet-là.

Tomate 2 : Si la réincarnation existe, je veux revenir en cœur de bœuf. 

Le couvercle s’ouvre à nouveau. Un énorme morceau de viande éclabousse la sauce sur les parois de la marmite.  

Tomate 1 : Bon sang, mais on ne va jamais en finir !

L’ingrédient, massif et rouge, se badigeonne frénétiquement de sauce.

Ingrédient secret se roulant dans le jus : Ça va chier. Non de Dieu, ça va chier. (Il tousse)

Tomate 2 saute sur la viande et s’écrase dessus. 

Tomate 1 collée au fond de la casserole : Mais tu es qui toi encore ? 

Ingrédient : Philosophiquement ou intrinsèquement ? 

Tomate 1 : Concrètement. 

Ingrédient : Je suis pangolin par ma mère et fourmilier par un ami de mon père. On m’a débité sur un marché où on m’a bavé dessus. Et maintenant, on me confine dans un plat. J’en ai marre qu’on me mitonne. Je vais leur concocter une bonne surprise. 

Tomate 1 apeurée : Quelle surprise ? 

Le pangolin, car c’est de lui dont il s’agit, se renfrogne. Il tousse. 

Pangolin : C’est une surprise les gars. Mais une chose est sûre : on va nous boulotter. 

Le Thym asperge les yeux du pangolin qui ne dit rien. 

Pangolin : Vas-y. éclabousse-moi. Il faut que je sois désirable à l’extrême. Il me faut du fumet, de l’appétence. Je veux être LE désir. Ils vont voir ce qu’ils vont voir. Ils veulent bouffer du pangolin? Ah, ah ! Je leur manigance un bon tour. On va voir ce qu’on va voir. 

Deux heures plus tard. 

La main lève le couvercle. Un nez se penche sur la casserole. 

Les tomates, le Thym, le gros sel et le pangolin ont fusionné en une forme de ragoût. 

L’exquise odeur parfume l’ensemble de la pièce. 

Le couvercle est mis. 

La bouche se régala. 

Exercice 5 : trouver le sujet – https://journalaboutnothing.com/2020/04/11/chapitre-05-trouver-le-sujet/

Exercice 4 : Ecrire un livre ou devenir écrivain – https://journalaboutnothing.com/2020/04/10/chapitre-04-ecrire-un-livre-ou-devenir-ecrivain/

Exercice 3 : Grandir avec l’écriture – https://journalaboutnothing.com/2020/04/05/chapitre-03-le-chemin-grandir-avec-lecriture/

Exercice 2 : La flamme, le carburant – https://journalaboutnothing.com/2020/04/03/ecrire/

7 commentaires

  1. Merci!
    J’ai écrit une pièce de théâtre autrefois jo ait été jouée à paris sur le même principe sauf que c’était des organes….
    l’appendice qui fait une soirée chez lui pour discuter de sa condition d’organe non vital. Puis un meurtre surgit… etc
    Marrant
    Merci pour le compliment!

    Aimé par 1 personne

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