Chapitre 05 – TROUVER LE SUJET

Message clé : « En écrivant vous produirez les ramures, à condition d’avoir déjà les racines. »

Pourquoi c’est important : « Un livre réussi c’est une adéquation de l’écriture avec un sujet.»

Conseils à retenir :

  • Il faut apprendre à savoir si le sujet qui est vôtre, a des racines en vous : de quoi peut-il se nourrir dans votre expérience existentielle et philosophique ?
  • Validez le sujet : voyez s’il est pour vous ou non. Si ce n’est pas le cas, vous vous lancerez dans une entreprise superficielle.
  • Il y a deux signes qui prouvent qu’un sujet est fait pour vous : s’il est obsessionnel ou si votre vécu peut alimenter ce sujet.
  • Il faut être attentif à tout ce qui se passe dans notre esprit pour trouver le bon sujet. L’irruption du sujet dans notre vie est constante, surtout ne la ratez pas.
  • Votre intelligence ne doit pas tout contrôler, ne soyez pas une personne trop sérieuse. Un bon romancier fait sérieusement son travail mais n’est pas une personne sérieuse.

Exercice: Écrire un texte en partant d’une émotion que vous avez éprouvée, prenez cette émotion, dé-contextualisez la et re-contextualisez la dans une autre histoire.

Émotion : La perte de mon grand-père. Un homme brillant intellectuellement ayant intégré très jeune Normal. À 97 ans, il s’intéressait encore à la politique et, en guise de petit déjeuner, avalait un croissant sur lequel il ajoutait une bonne part de beurre salé. Puis, le midi, il s’enfilait une demi-bouteille de rouge. Cela ne l’empêchait pas d’avoir un sens aiguisé en toute chose. Il vivait avec ma grand-mère, dans un appartement. En autonomie. (Bon, sauf les six derniers mois). Leur crainte : l’EHPAD. Mes grands-parents avaient trois filles et un fils qui avaient donné naissance à 17 petits enfants, qui avaient donné naissance à 23 arrière-petits-enfants. Ma grand- mère, une paysanne devenue bourgeoise grâce à la réussite de son mari, possédait une verve et un franc parlé capable de décoiffer n’importe quel être humain normalement constitué. Une partie de la famille la comparait à tati Danielle. Parmi les choses qu’elle détestait, il y avait : la prise de poids. Elle lisait les nécrologies quotidiennement. Et lorsqu’elle repérait un nom qu’elle connaissait, elle disait d’un ton sec « au moins, j’aurai fait mieux qu’elle ».

Recontextualisation : Une femme de 55 ans, vierge, irascible, mène une enquête dans un Ehpad. Son père a décidé d’intégrer l’établissement afin d’échapper au courroux de sa fille. Un meurtre y a eu lieu. Un enquêteur l’a fouillé pour vérifier qu’elle n’a pas dissimulé une preuve. Elle écrit à sa défunte mère. (Chantal fait partie d’un projet de longue haleine)

Chantal

Chantal plongea sa tartine de beurre dans une soupière remplie à ras bord de café. Elle enfourna la moitié de son morceau de pain dans sa bouche et fit glisser le tout en lampant bruyamment le précieux liquide. Quand elle eut avalé son petit déjeuner, elle s’essuya la bouche à l’aide d’un morceau de nappe déchiré glané dans une armoire à linge. Si Chantal paraissait décousue de si bon matin, c’est qu’elle fulminait. La nuit, cette précieuse à la douceur salvatrice n’avait été que tourments et souffrances morales. Ce flic la hantait. Ses mains assermentées, pleines de sauvageries vagabondes, l’obnubilaient. Elles avaient, sans aucun doute possibles, outrepassé le règlement en s’immisçant dans les interstices de son corps. Chantal se torturait l’esprit. Elle devait se confier. Elle se dirigea jusqu’à son bureau, attrapa son papier à lettre et commença à écrire.

« Maman,
J’ai été violée ».


Elle leva la pointe de son Oberthur, jugea de la qualité de son écriture et grimaça. Elle recommença.


« Maman,
Ta petite madone n’est plus. Je suis désormais une statistique. J’ai rejoint le triste pourcentage des anonymes victimes de harcèlement sexuel. Hier, un fonctionnaire au vice incommensurable jouissant de son immunité administrative m’a glissé sa carte professionnelle sous les yeux afin de me plaquer au mur. Je ne suis pas femme à me laisser abuser de la sorte. Pourtant, mon énergie vitale n’a pas suffi à me dégager des griffes de ce prédateur. En une fraction de seconde, ses attouchements prolongés ont souillé mon corps vierge de tout caprice charnel sans qu’aucune justification légitime n’obligeât ce bureaucrate sans scrupule à agir de la sorte. »


Chantal relut ses quelques lignes. Elle acquiesça fièrement et reprit.


« J’aurai dû me débattre, pourfendre l’assaillant, esquinter sa couenne quitte à me rendre coupable de l’infraction L.433-5 du Code pénal. La rébellion est-elle immorale lorsque la justice se corrompt? Je ne le crois pas. Si je mets en doute la légitimité des moyens employés pour vérifier de ma « dangerosité », je subodore, chez mon agresseur, une vive volonté de retrouver Ferdinand dans les plus brefs délais.
J’ai décortiqué la presse nationale ainsi que le journal local. Aucune brève ne mentionne la disparition de mon ami. Les médias, ces odieux vendeurs d’encarts publicitaires, ne doivent pas encore disposer de l’information, à moins qu’une main invisible n’ait décidé de faire taire l’affaire jusqu’à ce qu’un vendeur de produit ménager accepte de débourser une rallonge financière pour imposer aux lecteurs une double page sur les bienfaits de la javel sur la peau.
La conscience professionnelle de l’inspecteur Leblanc laisse à désirer. J’en ai subi l’affliction et la malédiction. J’ai donc décidé d’imposer toute l’intelligence de mon être au service de l’enquête. La grandeur de mon physique, mon extrême conscience d’un monde agonisant, ma loyauté transgénérationnelle, mon énergie psychique aussi bien que mon sens inné de la déduction devrait permettre à l’investigation d’avancer à grands pas. Sans vouloir préjuger des facultés morales des forces de l’ordre, leurs garde-à-vous militaires indécents ne peuvent qu’engendrer une perte de temps quant à l’élucidation du problème. Ferdinand est peut-être en grave danger. Laisser à une bande d’impuissants le soin de sauver la vie de mon ami reviendrait à leur confier la production de gamète dans une clinique d’insémination.

Pour les dévoiler, j’ai élaboré une série d’hypothèses démoniaques que j’évince une à une selon une méthode personnelle dite « de la coquille d’escargot ». À l’extrémité, les théories les plus saugrenues. Plus on avance vers le centre de la carapace de l’animal, plus je recense les mobiles vraisemblablement admis dans le schéma traditionnel policier. Je ne recule devant aucun effort dans la représentation de la disparition de Ferdinand. Dans ma construction mentale, j’utilise l’art de la maïeutique afin d’établir la crédibilité des mobiles. Après une nuit de tergiversions éreintante, j’estime qu’il est fort probable que nous ayons à faire à une secte du type « temple du Peuple ». 914 adeptes de cette obscure chapelle avaient fini par se suicider le même jour. Je crains le pire ! Si ma théorie s’avère fondée, un gourou se terrerait quelque part, forçant Ferdinand à commettre l’irréparable.

Je vais employer tout mon génie pour débusquer cet ignoble individu, peu importe le danger,
Papa vit désormais dans cette « Maison »,
Il est de mon devoir de le protéger,

Je t’aime, Chantal.

Si vous avez aimé :

Exercice 6 : Trouver le sujet – https://journalaboutnothing.com/2020/04/11/chapitre-05-trouver-le-sujet/

Exercice 5 : trouver le sujet – https://journalaboutnothing.com/2020/04/11/chapitre-05-trouver-le-sujet/

Exercice 4 : Ecrire un livre ou devenir écrivain – https://journalaboutnothing.com/2020/04/10/chapitre-04-ecrire-un-livre-ou-devenir-ecrivain/

Exercice 3 : Grandir avec l’écriture – https://journalaboutnothing.com/2020/04/05/chapitre-03-le-chemin-grandir-avec-lecriture/

Exercice 2 : La flamme, le carburant – https://journalaboutnothing.com/2020/04/03/ecrire/

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