Chapitre 02 : le carburant et la flamme

Le confinement étant ce qu’il est (c’est-à-dire que je sors tous les jours pour travailler « un peu »), je me suis inscrit à une masterclasse. Un terme pompeux pour inciter les profanes à profiter de conseils pré-enregistrés. En l’occurence, Eric Emmanuel-Schmitt dont j’avais adoré « la part de l’autre ». Le premier exercice : retrouver l’essence même de l’envie d’écrire. Pourquoi écrire? Quitte à travailler pour des inconnus, je me suis dit : pourquoi ne pas le diffuser ici (parce que lui, ne le lira certainement pas).

Après avoir passé mes huit premières années dans un aquarium à poisson, et le reste de ma vie dans un siphon de bac à huître – d’abord comme ostréiculteur puis comme huître – je me suis lancé dans l’attaque de buralistes afin d’obtenir des grilles de lotos gratuites. Malheureusement, lors de mon premier larcin, j’ai eu le malheur de payer par carte bancaire. Cela m’a valu trois mois d’enfermement dans la cave d’un homme moustachu qui m’a récité les poèmes non publiés de Dominique de Villepin. 

Ce confinement m’a forcé à repenser mon mode de communication. 

Dans un premier temps, je me suis lancé dans le mime. Mon imitation de Joseph Staline a rencontré un franc succès à la fête du boudin de Saint-Léger-sous-Cholet. 

Puis, je me suis remémoré ma passion pour les histoires. 

1984. Ouest de la France. J’ai huit ans. 

Les livres empilés par ma mère dans l’arrière-boutique d’un magasin de fringue de province. 

Mes journaux intimes d’enfants entassés dans un mini coffre-fort. Des cahiers pliés, raturés, à l’écriture illisible, comme s’il s’agissait de secrets rédigés à la hâte dans une langue inconnue. 

Pour moi, l’écriture n’a rien de romantique. Elle est un exutoire, une catharsis, une libération. Celle d’un gosse inadapté au système scolaire. Inadapté aux amitiés de récré, aux jeux collectifs. Un refuge solitaire où j’y décrivais, avec des mots d’enfants, l’absurdité des injustices ressenties. Une contorsion pour me prémunir d’une trivialité omniprésente d’un monde trop amoral. À 40 ans révolus, l’écriture reste une échappatoire. Une esquive pour ingurgiter l’usurpation et la malveillance d’un monde façonné aux facettes d’un même miroir. 

Avec l’âge est venu l’accumulation. J’ai découvert Wodehouse, Sharpe, Poe, S.J. Perelman, J.K.Tool, Benchley et bien sûr le merveilleux Mark Twain. À leur contact, mon coeur s’est emballé. Pour moi, chacun d’entre eux reflétait une partie de ma personnalité. Une sorte de maitre étalon inaccessible : disloquer le réel grâce à l’absurde pour en critiquer l’évanescente sottise. 

P.J.WODEHOUSE – « inventeur » de l’humour anglais

J’aurais aimé mettre un peu de couleur et de verdures dans cette présentation. Trouver une image, une odeur, une réminiscence génératrice de création littéraire. Être inspiré par la nature. Décrire un horizon. Vous dire que, dans ma région, le ciel était si bas qu’on pouvait le toucher du doigt. Que de ma fenêtre, les montagnes s’emboitaient comme des poupées gigognes. Que l’inspiration, c’est un moment qui nous échappe, qu’il faut l’attraper de la pointe de son stylo et lui écraser le nez sur une feuille.

Les années ont défilé et j’ai toujours eu des carnets à portée de main. La nuit, il m’arrive encore de me réveiller en sursaut et d’y gribouiller quelques mots souvent illisibles au petit matin. 

L’imagination est une terre fertile. La mienne y contorsionne la réalité pour la rendre plus poétique ou plus burlesque.

Parce que voir des gens mourir, brûler ou crever de faim n’a rien de réellement épanouissant. 

Aujourd’hui, je vis à Paris, au dernier étage de la tour Eiffel. La vue est belle, malgré le fait que cela me revienne une fortune lorsque je redescends acheter une baguette. 

Et je ne vous parle pas du prix du ticket pour remonter chez moi.

Exercice 5 : trouver le sujet – https://journalaboutnothing.com/2020/04/11/chapitre-05-trouver-le-sujet/

Exercice 4 : Ecrire un livre ou devenir écrivain – https://journalaboutnothing.com/2020/04/10/chapitre-04-ecrire-un-livre-ou-devenir-ecrivain/

Exercice 3 : Grandir avec l’écriture – https://journalaboutnothing.com/2020/04/05/chapitre-03-le-chemin-grandir-avec-lecriture/

Exercice 2 : La flamme, le carburant – https://journalaboutnothing.com/2020/04/03/ecrire/

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